Incidences

Pour une analyse moins frileuse de la crise ukrainienne

François Nordmann regrette que Didier Burkhalter n’ait pas pris une position plus ferme sur la crise ukrainienne

Incidences

Pour une analyse moins frileuse de la crise ukrainienne

Il vaut la peine de revenir sur l’analyse de la situation ukrainienne que le président de la Confédération Didier Burkhalter a présentée le 18 août dernier aux ambassadeurs de Suisse réunis à Lugano. Il a notamment tiré un bilan positif de sa présidence de l’organisation à mi-parcours.

Didier Burkhalter constate que la crise ukrainienne a une dimension interne, mais qu’elle se déroule aussi entre la Russie et l’Occident. Depuis plusieurs années la Russie et l’Union européenne/Etats-Unis ne cessent de s’éloigner. Les divisions croissantes sur les questions de sécurité européenne et l’absence d’une vision partagée sur le voisinage commun à la Russie et à l’UE expliquent largement les événements actuels en Ukraine.

Le contexte géopolitique est encore marqué par la concurrence géoéconomique et la critique de l’Occident par la Russie qui s’amplifie. L’identité ukrainienne, déchirée entre forces pro-occidentales et pro-russes, empreinte d’expériences historiques diverses, reste fragile. De même, la Russie oscille-t-elle entre un discours national et impérial qui l’amène à considérer comme une menace l’éventuelle inclination de l’Ukraine vers l’Occident.

D’où la guerre entre le gouvernement central de Kiev et les séparatistes de Donetsk et Lougansk. Tant que l’intégrité territoriale de l’Ukraine n’est pas respectée par tous les côtés au plan national et international, l’avenir du pays restera incertain. Ce qui est une tragédie notamment dans le domaine humanitaire.

La sécurité de l’Europe s’est détériorée à la suite de la crise de l’Ukraine, comme l’illustrent la mort effroyable des quelque 300 passagers de l’avion malaisien et l’annexion de la Crimée, condamnée par le Conseil fédéral et par la présidence de l’OSCE. A la fin nous sommes tous touchés par cette insécurité croissante. Les tensions Est-Ouest font à nouveau partie de notre environnement stratégique. On ne sait comment finira la dynamique des mesures et contre-mesures de sanctions.

Puis Didier Burkhalter décrit la réaction de l’OSCE, qui, sans se déchirer, a su apporter des solutions constructives relevant de la gestion de crise. Elle a agi en complément des efforts diplomatiques de l’UE et de pays tels que l’Allemagne, les Etats-Unis, la France, la Pologne et bien sûr la Fédération de Russie et l’Ukraine. Des rencontres avec des chefs d’Etat et des ministres des Affaires étrangères, des discours devant le Conseil de sécurité ou le Conseil des ministres de l’UE, des propositions d’action diplomatique ont jalonné le calendrier du président en exercice de l’OSCE. L’organisation a tiré de sa boîte à outils des instruments tels que l’envoi d’observateurs sur place, des tables rondes sur la réforme des institutions ukrainiennes, l’instauration d’un dialogue trilatéral entre l’Ukraine, la Russie et l’OSCE (représentée par l’ambassadeur suisse Heidi Tagliavini) qui permet également des contacts avec les séparatistes…

A notre avis, la présentation des faits et de leur enchaînement aurait mérité d’être plus précise et plus tranchée. C’est le point de vue de Sirius – une description de phénomènes dont on ne nous dit clairement ni la cause ni les effets, et dont la responsabilité n’incombe à personne. Les menées de la Russie en Ukraine orientale, tendant à déstabiliser le pays en soutenant les forces séparatistes – y compris par la livraison récente de pièces d’artillerie – ne sont mentionnées que d’une manière oblique, alors qu’elles sont condamnables. Ne constituent-elles pas un acte d’agression au même titre que la prise de la Crimée? Même si l’Ukraine est à la recherche de son identité, elle n’en est pas moins un Etat souverain. Certes, l’orateur s’est référé à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, mais sans protester contre sa violation et en réclamant faiblement que toutes les parties «nationales et internationales» la respectent – mais qui visait-il sans le dire? Pourquoi une telle indulgence à l’égard de «la-partie-qui-n’est-pas -nommée»?

Le président Burkhalter a raison de prôner le dialogue, la recherche d’une solution politique et non militaire, la réconciliation, la reconstruction du pays et la substitution d’une coopération économique renforcée à la guerre commerciale. Il pose à juste titre la question des réformes à apporter à l’architecture de la sécurité européenne pour en rétablir le caractère indivisible et pour restructurer les relations de voisinage entre l’UE et la Russie – bien que ce dernier point dépasse sans doute l’OSCE.

Il paraît difficile de vouloir rénover l’édifice de la sécurité européenne sans recourir à l’organisation qui joue un rôle clé en la matière et que Didier Burkhalter n’a pas évoquée dans son discours.

Il s’agit bien sûr de l’OTAN, qui tient son sommet à Newport, au pays de Galles, les 4 et 5 septembre prochains. Elle y traitera des menaces qui pèsent sur la sécurité européenne et des moyens d’y faire face. L’OTAN est liée à l’OSCE par un accord de partenariat et les deux organisations, qui entretiennent un dialogue politique régulier, sont complémentaires. Il serait bon que le président Burkhalter puisse s’y rendre et prenne part à ses débats.

La présentation des faits

et de leur enchaînement par Didier Burkhalter aurait mérité d’être plus précise et plus tranchée. C’est le point de vue de Sirius

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