Encore une fois, le cinéaste Paul Verhoeven se retrouve au coeur d’une polémique. Son film, «Elle», avec Isabelle Huppert, est accusé par une association féministe et LGBT, FièrEs, de faire l’apologie du viol en suggérant que la victime désire et provoque ce qu’elle subit. Un point de vue partagé par une distributrice en Suisse romande qui, pour cette raison, a décidé de ne pas projeter le film dans ses salles. 

C'est son droit. J'ai celui de penser qu'il s'agit d'un contre-sens absolu, lié à un aveuglement idéologique. 

Certes, le film s’ouvre sur une scène de viol. On la reverra par la suite, et à plusieurs reprises, sous différentes formes, notamment transposée dans un jeu vidéo. Fascination? Non, Verhoeven pose le cadre d’une société patriarcale où le viol est partout: spectacle qui amuse les adolescents, hobby des traders, filet de sécurité des hommes peu sûrs de leur virilité. Est-ce misogyne de le constater? 

Héroïne balthusienne

Ce qui porte au malentendu, c’est qu’Isabelle Huppert, plutôt que de réagir immédiatement à cette violente agression, par l'indignation ou la dénonciation, reste placide. On comprendra pourquoi par la suite.

Pour mériter le label «thriller féministe», le collectif explique ce que devrait faire l’héroïne: «poursuivre son violeur, le retrouver, découvrir qui il est, l’émasculer, le défigurer, le faire enfermer ou se venger d’une manière ou d’une autre» 

C'est pourtant ce qu'elle fait, mais à sa façon, méticuleuse, balthusienne, ludique. Oui, ludique car «Elle» n'est pas un drame plutôt une comédie grinçante. Sa vengeance ne dure pas le temps d'une scène - ce qui est le principe du film à testostérone - mais occupe toute la durée du film. Non seulement, elle démasque son violeur et le réduit au silence tout en s'affranchissant de son passé, mais elle règle aussi ses comptes avec les hommes de son entourage, si sûrs de leur impunité. Elle les élimine comme un chat s'amuse avec les souris ou les déculotte (plusieurs se retrouvent les pantalons aux chevilles) comme dans un vaudeville. L'humour n'est pas absent de sa méthode, ce qui pour une âme militante est malvenu. 

La bonne héroïne est aussi la bonne victime

Le manifeste note avec pertinence que chaque fois qu’une femme est violée on lui demande comment elle était habillée ou si elle avait bu pour mettre en doute son statut de bonne victime. Au nom de la morale, FièRes se comporte de la même manière: le personnage joué par Isabelle Huppert est trop ironique, déconcertant, tordu pour faire une héroïne positive, un modèle de vertu dans la lutte anti-viol. Encore heureux que le cinéma ne se réduise pas à un tract. 

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