Plus personne n’en doute. La guerre que Vladimir Poutine mène contre l’Ukraine ne relève pas seulement de la peur de l’OTAN ou de la nécessité de s’assurer une sphère d’influence dans «l’étranger proche» de la Russie. C’est un combat crucial entre la démocratie et l’autocratie dont les Ukrainiens paient le prix fort. L’enjeu est suffisamment existentiel pour ne pas tomber dans un pacifisme naïf dont le maître du Kremlin tirerait profit pour poursuivre sa folie impérialiste et meurtrière. Pour l’heure, la guerre est confinée à l’Ukraine. Mais personne ne peut exclure qu’elle s’étende au-delà de ses frontières.

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Si les dirigeants occidentaux ont décidé d’accroître leurs dépenses militaires, c’est qu’ils partent d’un constat: Vladimir Poutine ne comprend que le langage de la force. Mieux vaut envisager le scénario du pire pour tenter de l’éviter. En ce sens, la volte-face qu’a faite l’Allemagne en prévoyant d’investir 100 milliards d’euros supplémentaires dans sa défense est révélatrice d’une nouvelle ère, celle d’une Europe davantage disposée à assumer sa propre sécurité sans devoir compter sur le seul parapluie sécuritaire américain. La hausse des budgets militaires ne doit cependant pas s’inscrire dans une démarche purement nationaliste, mais dans un effort collectif pour défendre les valeurs démocratiques.

L’explosion des dépenses militaires comporte toutefois des risques. Elle invite à mener ce que Kant décrit comme une guerre juste. Or dans un contexte géopolitique aussi explosif, la notion est très subjective. L’administration Bush était persuadée de mener une telle guerre contre le dictateur Saddam Hussein au nom de la démocratie. Ce fut un désastre pour l’Irak, pour la région, pour les populations et pour les démocraties occidentales. Face à Poutine, les démocraties ont toutefois un devoir de résister.

Des dépenses militaires au détriment d’autres domaines

Ces nouvelles dépenses doivent être soutenues par l’opinion publique. Or toute hausse du budget militaire a pour corollaire une réduction d’autres dépenses dans la santé, l’éducation ou la lutte contre le changement climatique. En Italie, assommée par la pandémie, le gouvernement coupe 6 milliards dans son budget sanitaire et augmente fortement ses dépenses militaires. Il faudra beaucoup de pédagogie pour expliquer un tel choix.

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Les gouvernements devront composer avec une société civile qui, depuis trois décennies, s’est mobilisée pour faire adopter des traités d’interdiction des mines antipersonnel, des bombes à sous-munitions ou des armes nucléaires. Le réarmement momentané oui, mais pas à n’importe quel prix.

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