Le multilatéralisme a-t-il encore un avenir? Maintes fois ressassée, cette interrogation ressurgit à chaque crise que traverse le système international, comme c’est le cas aujourd’hui. Cette impuissance à afficher, même symboliquement, la conscience d’un destin partagé illustre la crise des institutions multilatérales. Elle est ancienne, profonde, et désormais plus évidente que jamais. Alors que les Etats négocient masques et matériel médical directement sur le tarmac de certains aéroports chinois, les institutions multilatérales semblent plus démunies que jamais pour mettre en place un leadership et une réponse globale. La solidarité internationale apparaît à géométrie variable et redessine de vieilles alliances ou de nouvelles opportunités. A l’occasion de son 75e anniversaire, la pertinence de l’ONU est à nouveau questionnée.

Le Covid-19 s’est invité à cette commémoration, bousculant la série d’événements prévus initialement pour célébrer le multilatéralisme. C’est lors d’un dialogue en ligne avec plusieurs hauts responsables onusiens et d’autres organisations de la Genève internationale le 24 avril dernier, que nous avons appelé à un multilatéralisme plus diversifié. Nous souhaitons fixer, au sein d’une Charte de la jeunesse, le cadre et les objectifs d’un nouveau contrat citoyen permettant d’améliorer la gouvernance internationale actuelle. A cette fin, nous appelons à la convocation d’une Assemblée internationale de la jeunesse en avril 2021 à l’ONUG afin de faire un état des lieux du multilatéralisme actuel, débattre et adopter les objectifs fixés par la Charte.

Soutien de Tatiana Valovaya

L’importance grandissante des ONG, des réseaux transnationaux ainsi que de la société civile nous force à dépasser l’idée selon laquelle les Etats seraient les seuls acteurs légitimes sur la scène internationale. La directrice de l’Office des Nations unies à Genève, Tatiana Valovaya, soutient cet appel à la diversification du multilatéralisme en affirmant que «la jeunesse a le pouvoir de ne pas seulement sensibiliser, mais aussi d’en appeler aux leaders pour proposer des solutions concrètes aux challenges actuels».

L’ONU possède une réelle opportunité de concrétiser sa volonté de changement et d’inclure la Jeunesse au sein de ce nouveau multilatéralisme

Pour les grands déçus des organisations mondiales, notre initiative peut apparaître superflue par l’addition d’une énième institution onusienne. Nous sommes toutefois convaincus de son caractère innovant et porteur de solutions encore jamais explorées.

La jeunesse arrive avec un regard neuf, des visions innovantes et des solutions nouvelles face aux problématiques mondiales. Les intérêts nationaux agissant souvent comme des freins à la coopération internationale, raison pour laquelle nous souhaitons que les représentants de la jeunesse soient indépendants de leurs pays. La convergence de jeunes idées des quatre coins du monde doit permettre d’implémenter des solutions effectives et de porter des projets à maturité pour dépasser la simple consultation. Il est impératif que les thématiques éducationnelles discutées par la jeunesse s’adaptent à la réalité et au contexte évolutif pour renouveler les programmes existants.

Education universelle

Les objectifs de la Charte de la jeunesse seront intégrés dans des programmes d’éducation à vocation universelle. Ils uniront la jeunesse autour de thématiques communes, affranchies des barrières socioculturelles. L’ONU possède une réelle opportunité de concrétiser sa volonté de changement et d’inclure la jeunesse au sein de ce nouveau multilatéralisme, essentiel à la réalisation de l’agenda 2030. «Reconstruire mieux que par le passé, en ayant pour objectifs des économies et des sociétés inclusives et durables», déclare Antonio Guterres. Nous avons aujourd’hui l’opportunité de donner sens à ces mots, ne la manquons pas.


Eva Luvisotto, Thibault Fehlmann et Jérôme Lanci sont étudiants du Global Studies Institute de l’Université de Genève.


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