Opinion

Une assurance publique dentaire, un besoin prépondérant pour la population

OPINION. Un comité composé d’une coalition de partis de gauche soutient une initiative soumise au vote des Vaudois le 4 mars prochain pour le remboursement des soins dentaires. La députée socialiste Jessica Jaccoud explique pourquoi.

Les dents font partie de la bouche, elle-même faisant partie intégrante de notre corps. Et pourtant, les maladies de la bouche, appelées pathologies bucco-dentaires, telles que les caries, ne sont pas prises en charge par l’assurance maladie de base telle que réglementée par la LAMal.

Rageant, non? Surtout quand l’on sait que les pathologies buccodentaires sont largement répandues dans la population et surreprésentées parmi les populations vulnérables. Les origines de ces affections sont, comme, souvent multifactorielles. L’hygiène et l’alimentation jouent bien évidemment un rôle. Mais on oublie trop souvent d’autres facteurs tels que le bagage génétique, l’accès géographique aux soins ainsi que l’état de santé en général.

Ce dernier élément est primordial car la santé buccodentaire est étroitement liée à l’état de santé générale des patient.e.s. A titre d’exemple, une mauvaise santé buccodentaire peut entraîner d’autres pathologies du corps, comme des maladies cardiovasculaires. Des affections dans la bouche de la future mère peuvent également entraîner la naissance prématurée de son enfant. A l’inverse, certaines pathologies de médecine générale, comme le diabète ou les cancers, peuvent induire une vulnérabilité de la sphère buccodentaire.

7,4% des Romands renoncent à consulter

Les affections buccodentaires restent donc des maladies répandues. Leurs conséquences sur l’état de santé général et sur la qualité de vie ainsi que leurs répartitions inégales dans la population en font un enjeu de santé publique important. Il suffit pourtant d’aller chez le dentiste, me direz-vous. Malheureusement, le renoncement aux soins pour des raisons financières est une réalité.

Selon l’Office fédéral de la statistique, plus le niveau de formation est élevé, plus le taux de renoncement aux soins dentaires diminue

Des différences notoires sont relevées en matière de fréquentation des dentistes selon la situation économique du foyer. Ainsi, les foyers modestes ou moyens inférieurs consultent moins souvent les dentistes et hygiénistes pour un contrôle ou un détartrage que les ménages plus aisés. Selon l’Office fédéral de la statistique, plus le niveau de formation est élevé, plus le taux de renoncement aux soins dentaires diminue.

En résumé, 7,4% des Romand.e.s renoncent à consulter un dentiste pour des raisons financières. Cette inégalité entraîne, d’une part, des coûts importants pour la médecine générale qui prend en charge les soins des pathologies induites par l’absence de soins dentaires, et, d’autre part, une médecine dentaire à deux vitesses que les classes moyennes et inférieures peinent à s’offrir. Face à ce constat, un comité composé d’une coalition de partis de gauche, dont le Parti socialiste vaudois, soutient une initiative soumise au vote des Vaudois.e.s le 4 mars prochain pour le remboursement des soins dentaires.

Lire aussi: Vaud débat du remboursement des soins dentaires

Prélèvement analogue à l’AVS

L’initiative se base sur trois piliers: 1) la création d’une assurance publique cantonale couvrant les soins de base ainsi que d’un dispositif de prévention; 2) la mise en place d’un réseau de policliniques dentaires régionales; 3) un financement de l’assurance précitée par un prélèvement analogue à celui de l’AVS.

S’agissant de ce dernier point, il est intéressant de constater que, en reprenant le modèle éprouvé de l’AVS, l’accès aux soins dentaires sera assuré pour tous/toutes les Vaudois.e.s pour une somme relativement modique sans augmenter les impôts. Ainsi un.e salarié.e qui gagne 8000 francs par mois cotisera 40 francs mensuellement (0,5% de son salaire) et permettra à son/sa conjoint.e au foyer, ses enfants et ses parents retraités de se voir rembourser leurs factures de dentiste. Aujourd’hui, une famille composée de deux grands-parents retraités, deux parents et deux enfants débourse plus de 120 francs par mois pour des assurances complémentaires, soit trois fois plus que dans l’hypothèse visée par l’initiative.

Le canton de Vaud se prononcera en 2018 pour une assurance publique dentaire. Les cantons de Genève, Neuchâtel et du Valais suivront dans les mois, voire les années à venir. Nul doute que ce projet répond à un besoin prépondérant de la population et, avant tout, à un enjeu majeur de santé publique.

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