Il y aura un avant et un après. Le rapport sur la situation des Ouïgours dans le Xinjiang publié le 31 août par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme est un document qui fera date, tant il illustre une époque et les nouveaux rapports de force entre grandes puissances, démocraties et pouvoirs autoritaires.

Critique envers Pékin (possibles crimes contre l'humanité), mais équilibré, le document de 48 pages est sur le point de provoquer une crise majeure au sein du système onusien. Après sa publication, la Chine a exprimé son indignation, le qualifiant de pure manipulation de l’Occident. Jouant la carte maximaliste, elle menace de saborder sa coopération avec le Haut-Commissariat et promet de bloquer toute velléité de l’utiliser dans le cadre du Conseil des droits de l’homme (CDH).

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En essayant de dynamiter l’ordre libéral d’après-guerre, le pouvoir chinois cherche à façonner un multilatéralisme à son image et selon ses propres normes. Sa méthode: s’ériger en héraut des pays en développement, avec le soutien de la Russie. Il prend toutefois le risque de prendre en otage tout le système multilatéral. Du côté des Occidentaux, l’heure est à la prise de conscience. Le monde a changé et le maintien des valeurs démocratiques exigera bien plus que de la complaisance. Il requerra un pouvoir de conviction auprès de pays africains séduits par l’aide intéressée de Pékin. La bataille qui se profile au CDH sera épique et de longue durée. Et, prévient un diplomate à Genève, l’Occident ne peut pas la perdre.

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Quant à l’ONU, garante du système multilatéral, elle joue très gros dans ce bras de fer. Elle a finalement publié un document solide malgré les pressions considérables de Pékin. Mais elle devra transformer l’essai en s’assurant que le rapport sur le Xinjiang sera débattu au CDH et dans d’autres agences onusiennes. Il en va de la crédibilité et de la pérennité de l’ONU. Mais jusqu’ici, il faut le reconnaître, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, n’a pas fait montre d’un grand courage face à Pékin.