Que serait Genève sans l’ONU si ce n’est une jolie bourgade lacustre rivalisant avec Lausanne et Annecy? Quelle serait l’image de la Suisse sans les organisations internationales et les institutions humanitaires implantées dans l’Arc lémanique? Genève et la Suisse doivent beaucoup à cette présence qui assure leur notoriété dans le monde. Même un président isolationniste comme Ueli Maurer l’a compris. Aux yeux des Genevois et des Suisses, cet univers reste pourtant le plus souvent étranger, voire ignoré.

La création d’une Maison de la paix, à l’entrée de Genève, est de nature à changer notre regard. Ce bâtiment, élégant et spectaculaire, héberge l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), ainsi que trois centres de recherche de la Confédération et des ONG. Il donne une nouvelle visibilité au caractère international de Genève dans un quartier en mutation.

Son directeur, Philippe Burrin, entend jouer dans la cour des grands et il a d’excellents arguments à faire valoir. En accueillant le siège européen des Nations unies et des institutions aussi stratégiques que l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation mondiale du commerce ou l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, Genève est déjà au carrefour de l’élaboration des normes mondiales. Mais la concurrence est rude, comme l’a prouvé la bataille perdue pour le Fonds vert.

De simple pays hôte, la Suisse, pour maintenir son avantage, doit devenir autre chose: le pays où se pense la gouvernance mondiale. Cette idée fait son chemin dans les milieux politiques et universitaires. Ce savoir-faire ne se décrète pas. Mais la Maison de la paix peut, d’entente avec les universités de la région, participer au bouillonnement intellectuel qui fera émerger ces prochaines années une autre façon de concevoir les relations internationales alors que l’ordre hérité de la Deuxième Guerre mondiale apparaît complètement dépassé.

Genève peut devenir l’un des pôles de cette réflexion et viser le titre de capitale du «soft power». Encore faut-il que le petit canton abandonne son habituelle suffisance pour convaincre le reste de la Suisse qu’il s’agit d’un enjeu national. Les célébrations du 150e anniversaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sont là pour nous rappeler que notre pays peut aussi être source d’utopie.