Dans le conflit qui oppose le gouvernement britannique à la BBC autour de la possible manipulation du dossier sur les armes de destruction massive irakiennes, personne ne s'imaginait qu'il y aurait un mort. Aujourd'hui, c'est fait. Quelles que soient les raisons de ce décès inexpliqué, la tragédie du Dr Kelly, ancien inspecteur de l'ONU, lampiste jeté en pâture par le Ministère de la défense pour clouer le bec à l'enquête dérangeante d'un journaliste, est une bombe politique. Au bout de la chaîne, si les éléments continuent de mal tourner, c'est Tony Blair lui-même qui pourrait finir par sauter.

C'est dans son avion, alors qu'il arrivait sur Tokyo, que Tony Blair a appris la disparition du microbiologiste, et s'est résolu à autoriser ce qu'il redoutait plus que tout: une enquête judiciaire indépendante sur les circonstances de la mort de ce témoin clé. Malgré l'apparente volonté gouvernementale d'en restreindre le spectre au maximum, elle ne devrait pas s'arrêter à la seule autopsie du cadavre. La pression sera énorme pour qu'elle s'étende, sans autre limite de temps ni de domaines que la volonté du juge, à l'échafaudage des preuves à charge contre le régime de Saddam, au travail des services secrets, à l'implication du gouvernement et de ses conseillers. Autrement dit, une plaie béante dans le flanc du cabinet Blair, source permanente de fuites pour une presse à l'affût. A moins que la BBC ne se rétracte complètement, ce qui paraît jusqu'ici peu probable.

Autre mauvaise nouvelle pour Tony Blair, le «deal» passé avec George W. Bush sur Guantanamo. Deux prisonniers britanniques seront donc sortis du non-droit de la base cubaine pour être jugés sur sol américain ou britannique. Que dira Tony Blair aux dirigeants des pays (y compris l'Espagne et la France) dont 680 ressortissants croupissent encore à Camp X-Ray et qui risquent le procès militaire par une armée dont le chef suprême a déclaré avec mépris, en conférence de presse, que «ces gars sont tous mauvais»? Qu'ils ne sont pas assez copains avec le président pour obtenir le plus élémentaire respect du droit international? Là aussi, le scandale ne fait que commencer.

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