Le week-end dernier, j’ai déjeuné sur l’herbe à l’ombre des cerisiers pour fêter ma pomme et les mères du monde entier. Alors qu’on trinquait au chasselas local et qu’on mordait dans une pastèque pas locale, mes trois enfants m’ont demandé: «En fait, toi, t’es cool parce que ça s’est toujours bien passé pour nous? Ou ça s’est toujours bien passé pour nous parce que t’es cool?»

Joker raté

Comme je n’en étais pas à mon premier verre, j’ai tenté le joker, mais ils sont revenus à la charge. «Finalement, l’éducation, c’est avoir un projet pour son enfant et s’y tenir, quitte à monter dans les tours? Ou c’est laisser l’enfant aller là où il a envie d’aller et prier pour que son instinct soit bon?»

Autant le dire de suite, avec leur papa, on a plutôt penché pour la seconde option. C’est qu’on a toujours été épatés de voir à quel point les enfants – tous les enfants – sont savants. Tellement au fait de ce qui est bon pour eux, spontanément. Du coup, j’aurais tendance à répondre qu’en éducation, le moins fait le mieux. Le moins on se projette dans nos descendants, le mieux ils trouvent leur voie. Ils vont leur petit bonhomme de chemin, tranquilles, parfois un peu trop, mais ce sera toujours préférable à des gosses sous tension qui ont la mission de compenser nos frustrations, non?

La botte secrète? Le rire

Et puis, les enfants ont le droit de se tromper. Recommencer. Se tromper de nouveau. Et re-recommencer. Ça me paraît humain. On ne se trompe jamais, nous? La blague! En fait, la botte secrète, c’est rire, avec eux et un peu d’eux. Rire de soi aussi, parce que parent, ce n’est pas un métier qu’on apprend. Même maman. Alors pourquoi se prendre tellement au sérieux?

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Là, évidemment, je ne parle pas des mères épuisées, diminuées dans leur santé, se battant pour leurs enfants qui ont dérapé ou luttant pour boucler les fins de mois. Celles, pire encore, victimes de violences conjugales… Ces mères Courage, à qui il est beaucoup demandé et peu donné, vivent une autre réalité.

Pourquoi (se) mettre une telle pression?

Je pense aux mamans privilégiées comme moi. Celles qui, si elles le souhaitent, peuvent se détendre et considérer l’éducation comme une partie de plaisir et non comme une croix. Abandonner les «il faut que», «je dois faire ceci, je dois faire cela». Pourquoi (se) mettre une telle pression? Junior n’est pas le meilleur à l’école, il traîne les pieds au judo? Et alors, s’il est joyeux, curieux, généreux? Parmi vos amis, vous préférez les premiers de classe ou les originaux?

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Avec un peu de retard en Suisse et un peu d'avance en France, je souhaite une belle fête à toutes les mères. Et je dis à celles qui ont encore le choix: «Une bonne maman, pour moi, ce n’est pas une maman qui sait tout. C’est une maman qui ne sait pas grand-chose et qui se réjouit d’apprendre de son enfant.»


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