L’été meurtrier

Une carte mal lue, et l’on fait deux tours complets du Vésuve

Notre chroniqueuse raconte ses galères et ses couacs de la belle saison. Par exemple ces moments où l'on s'enguirlande pour un virage raté

La soirée s’annonçait idyllique. Tout le monde avait travaillé dur pour honorer cette terrasse au-dessus de la mer en préparant un dîner parfait. A peine étions-nous attablés qu’une amie avait plombé la gaîté en reprochant à son amoureux de l’avoir ignorée à la plage, plus tôt. Il avait riposté. Leur rage obscène avait poussé les convives à abandonner leur bar grillé pour aller se réfugier dans le salon.

Comme leurs préférences sexuelles, les couples ne devraient jamais exposer leurs chamailleries. Mais l’été est propice aux exhibitions, et je suis rarement partie avec des amis sans profiter de leurs frictions. Il paraît que chaque mois de septembre enregistre un pic de divorces, sans doute à la hauteur des espoirs déçus. L’amie qui avait si bien bousillé notre dîner corse m’a confié avec honnêteté que se disputer en vacances est une manière de tromper l’ennui de journées trop longues et vides.

Des cris dans l’habitacle

J’ai souvent assisté aux disputes estivales des autres en célibataire. Ricanant intérieurement. Moi amoureuse, jamais je ne gâcherais une parenthèse estivale. Et puis, fraîchement mariée, je suis partie avec mon compagnon sur la côte Amalfitaine en voiture. Epuisée par 800 km de route, j’ai mal lu la carte, nous imposant deux tours du Vésuve par l’autoroute, avant de dénicher Sorrente. Au moins, nos cris dans l’habitacle n’ont ruiné les vacances de personne. Juste les nôtres, à bouder le reste du séjour dans un hôtel délicieux, et se demander s’il ne valait pas mieux divorcer puisque nous étions capables de nous haïr avec une telle fulgurance.

L’été suivant, nous avons acheté un GPS. Depuis, les voyages sont paisibles. Sauf quand celui qui conduit commence à s’ennuyer parce que son copilote, dégagé de toute responsabilité, scrolle sur son smartphone depuis des heures. En voiture aussi, on occupe comme on peut ses journées estivales longues et vides.


Une précédente chronique: Haut les corps (pour culpabiliser les grassouillets)

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