Nul n’est devin, le futur n’appartient à personne. L’anticipation des évolutions démographiques requiert rigueur et circonspection. La Suisse des années 60 a vécu avec le mirage d’une population qui atteindrait 10 millions d’habitants en 2000, c’était absurde. Le simplisme des projections d’alors reflétait le climat d’euphorie qui baignait le pays. Préservée de la guerre, au cœur de l’Europe en reconstruction, la Suisse connaissait une prospérité sans précédent.

La vigoureuse croissance démographique de la décennie écoulée a réactualisé l’horizon d’une Suisse à 10 millions d’habitants. Cette fois, ce n’est ni un fantasme, ni un objectif intangible. Juste une perspective, tout à fait vraisemblable, à laquelle il importe de se préparer sans tergiverser.

C’est d’autant plus nécessaire que, les Suisses le sentent bien, le pays a changé. On commence à s’y sentir à l’étroit. Pensons aux gares exiguës, aux trains bondés, aux autoroutes saturées de l’aube à la nuit. Sans parler de l’étalement fulgurant des infrastructures et des bâtiments, qui a coloré les campagnes de gris et uniformisé les paysages.

L’alliance scellée hier à Berne pour repenser le développement territorial de façon «durable» est emblématique d’une sensibilité nouvelle. Le désir de village autant que la ville mal aimée ont trop longtemps poussé à une périurbanisation qui apparaît aujourd’hui bien déraisonnable. La croissance démographique, qui ne devrait pas faiblir, met la pression: c’est le bon moment pour agir.

La Suisse a besoin d’un nouveau contrat territorial. L’étroitesse de ses surfaces habitables la pousse à préserver les dernières réserves vertes du Plateau et à densifier les villes partout où cela est possible. «Rajouter de la ville à la ville», disent les urbanistes, telle est la dernière exigence écologique. Le défi est d’ailleurs déjà relevé avec des chantiers ambitieux qui étofferont nos villes, créant beaucoup de logements de qualité desservis par des transports publics efficaces. La Suisse s’est trop longtemps pensée villageoise tout en se sachant urbanisée. Qu’elle saisisse la chance de se réconcilier enfin avec son identité urbaine.

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