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Agriculteur thaïlandais cultivant des fraises.
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Opinion

Pour une charte d’achat responsable sur l’alimentation des villes et des cantons

Que ce soit les monocultures de soja en Amérique Latine ou celles d’huile de palme en Asie du Sud-Est, l’agriculture industrielle ravage la forêt tropicale et sa cohorte d’espèces uniques, estime Denis Ruysschaert, vice-président de SWISSAID

La production agricole est un enjeu sociétal central. Le développement à large échelle des productions agro-industrielles et de commerce à longue distance épuise notre planète. Que ce soit les monocultures de soja en Amérique Latine ou celles d’huile de palme en Asie du Sud-Est, l’agriculture industrielle ravage la forêt tropicale et sa cohorte d’espèces uniques. L’agro-industrie est aussi la première cause du changement climatique. Comme l’a démontré GRAIN dans «Hold-up sur le climat», elle est responsable de plus des 50% des émissions des gaz à effets de serre, lié au cocktail explosif de la déforestation, de l’appauvrissement en matière organique des sols, de l’utilisation intensive d’engrais et de pesticides, de la mécanisation agricole, du transport sur de longues distances, de l’emballage, de la réfrigération et du gaspillage. Le dérèglement climatique et l’extinction des espèces ont lieu sous nos yeux sur fond de dépossession des populations locales de leurs terres, alors que celles-ci les avaient pourtant gérées durablement durant des milliers d’années.

Le rôle des multinationales

Toute naturelle, la première tentation serait de bannir l’importation des produits agricoles tropicaux problématiques, comme le soja et l’huile de palme, et de promouvoir l’agriculture suisse. En effet, nos agriculteurs entretiennent des systèmes agricoles diversifiés. Ils gèrent de petites parcelles et réalisent une rotation de cultures en remplissant un cahier des charges strict. Encadrée par l’Etat, cette production minimise son impact sur la biodiversité et le climat. Elle est aussi socialement bénéfique, en pérennisant la viabilité économique d’exploitations à taille humaine.

Mais, opposer les agriculteurs suisses et du Sud sans discrimination révélerait de la gageure. Au Sud, il existe aussi de nombreux petits paysans qui cultivent sur quelques hectares. Ils contribuent à une alimentation soutenable à travers des systèmes agricoles complexes et responsables tant du point de vue socio-économique qu’environnemental. Comme l’a rappelé la table ronde de novembre dernier au Palais Eynard organisée par SWISSAID Genève, les petits paysans produisent une huile de palme rouge riche en vitamines essentielle pour les populations. Mais ces producteurs se retrouvent exclus du marché international par les acteurs dominant la filière, c’est-à-dire les producteurs du Sud qui cultivent sur des milliers d’hectares et les multinationales du Nord qui imposent leurs standards d’achats.

Standards «durables»

La seconde tentation serait de s’en remettre aux standards «durables» agricoles qui ont fleuri ces dernières années pour certifier les productions venant des pays tropicaux comme l’huile de palme ou le soja. Mais, force est de constater que ces standards ont surtout permis d’asseoir l’hégémonie des productions agro-industrielles et d’exclure les petits producteurs incapables d’assumer les coûts engendrés par ces certifications. Comme l’a encore démontré Amnesty International en novembre dans son rapport «Le scandale de l’huile de palme. De grandes marques tirent profit de l’exploitation des ouvriers», l’application inique de ces standards par les multinationales paraît une façade confortable: elle n’empêche pas les exactions, comme le travail des enfants. Au final, ces standards éludent les questions de fond tels que la dépossession des petits producteurs de leurs terres et l’accès au marché pour leur production.

Cantines scolaires

Assurer une production agricole qui conserve la biodiversité, limite le changement climatique et donne un revenu juste aux petits producteurs invite à sortir de notre zone de confort garantie par les modes de production à large échelle de notre société consumériste. Il s’agit de soutenir des productions socialement et écologiquement responsables qui suivent les préceptes de l’agro-écologie. Dans cette perspective, les villes et les cantons doivent jouer un rôle moteur. A ce titre, ils devraient établir une charte d’achat responsable sur l’alimentation, ce qui aurait un impact tangible sur les cantines scolaires et ses réceptions officielles par exemple. Nous avons besoin d’une réelle ambition politique pour nous extirper de l’impasse de la production alimentaire dans laquelle nous nous trouvons enfermés. Pour y parvenir, nous ne devons ni bannir certains aliments agricoles du Sud, ni nous reposer sur des standards inefficaces et injustes.

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