Voilà des années qu'en universitaire doublé d'un infatigable homme de terrain, Gilbert Etienne parcourt l'Asie en tous sens. L'Inde en particulier, dont il a suivi le développement pas à pas depuis des décennies. La Chine aussi. Dans l'une et l'autre, il fut le témoin de bouleversements à la mesure de leur immensité, et dont l'économie (comme l'agriculture, son sujet favori) sont comme les baromètres. Chine-Inde, la grande compétition est l'aboutissement naturel de cet intérêt soutenu. Les deux grandes puissances émergentes suscitent en effet autant de curiosité qu'elles posent de questions à l'opinion occidentale. L'auteur fait donc le point, sur un ton qui n'appartient qu'à lui, plus soucieux de concret que de théorie, de constats «relativement sûrs», comme il dit lui-même, que de prévisions à long terme.

L'essai s'ouvre de manière heureuse sur l'histoire, brossée ici à grands traits et donne la mesure d'une métamorphose - plus progressive en Inde, plus chaotique en Chine - des deux Etats en cinquante ans, et débouchant sur un régime économique libéral dans l'un comme dans l'autre. Il met en regard deux systèmes politiques. Répondant, en quelque sorte, à ceux qu'éblouit leur ascension subite, il ne se tait pas sur le côté ombre de cette réussite: il évoque la plaie de la corruption ou les énormes retards, flagrants en Inde, moins en Chine, dans la mise en place des infrastructures. Il ne cache rien de l'état, de plus en plus inquiétant, de leur environnement.

Bref: comment ne pas admirer ce travail comparatif et minutieux, assorti de nombreux tableaux, et où les observations sur le terrain viennent constamment relayer la sécheresse des chiffres. Un tableau nuancé, car l'auteur ne se laisse pas intimider par la progression vertigineuse de ces deux pays au milliard d'habitants. Il en perçoit les failles. Tout en notant qu'au plan institutionnel, l'avenir du régime communiste, en Chine, demeure plus aléatoire.

Chine-Inde - La grande compétition, Gilbert Etienne, Dunod, 224 p.

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