Sidérante, la carence nationale de personnel qualifié en informatique l'est assurément. Alors qu'une part non négligeable de la population active surnage dans une précarité croissante, reconnaître qu'il manque plusieurs milliers de professionnels a même quelque chose d'indécent, et révèle deux erreurs que la Suisse va payer cher.

D'abord sur le plan de la formation. L'informatique fut longtemps considérée comme une discipline exiguë cantonnée aux écoles polytechniques, ce qui dispensait de toute initiative les responsables d'autres filières. Que les premiers apprentissages ne soient apparus qu'en 1994 paraît aujourd'hui à peine croyable pour un pays dont le secteur des services occupe près de 70% des actifs. Certes, depuis lors, des voies ont été ouvertes et les services fédéraux en font une priorité. Mais cette offensive s'avère tardive. Elle est amoindrie par le fait que nombre de grandes sociétés n'ont pas été plus clairvoyantes en n'engageant jusque-là qu'une poignée d'apprentis. Etat et entreprises doivent jouer les pompiers alors que leur rôle commençait avant l'incendie.

En outre, cette situation illustre les effets de la quasi-inexistence d'une politique fédérale d'immigration. Tout indique que, malgré ses récents efforts, la Suisse ne formera pas suffisamment d'informaticiens durant plusieurs années. Il faudra donc en «importer», ce que les cantons font déjà dans leur coin, de façon disparate. De nombreux exemples pas si exotiques, comme celui du Québec, montrent qu'une action concertée et volontariste permet de trouver des solutions à l'évidence plus efficaces. Mais face à l'hystérie du débat sur l'asile, quel politicien osera dire qu'une telle immigration qualifiée est nécessaire?

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