Editorial

Une dérangeante ambiguïté

Le Conseil central islamique suisse et ses membres font de la provocation, mais pas seulement. Ils entretiennent des relations troubles avec des personnalités controversées. Et causent du tort à la majorité des musulmans de Suisse qui ne suivent pas leur ligne rigoriste

Et s’ils n’étaient qu’une bande de provocateurs, mytho- et mégalomanes, qui ne méritent même pas qu’on s’y attarde? C’est une lecture possible, mais la réalité est bien plus subtile. Et dérangeante.

Certes, Nicolas Blancho et l’équipe dirigeante du Conseil central islamique suisse (CCIS), d’obédience salafiste, sont des agitateurs. Ils affectionnent la mise en scène, presque hollywoodienne, en se déplaçant avec des gardes du corps, aiment inviter des personnages sulfureux à leurs congrès pour pouvoir ensuite crier à la censure lorsque ces derniers sont interdits de tribune en Suisse. Et frisent la paranoïa (ou le ridicule), quand ils demandent aux journalistes de déposer leurs téléphones portables dans des boîtes en métal, censées couper les ondes.

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Ils ne représentent qu’à peine 1% des 400 000 musulmans de Suisse et le nombre de leurs membres semble stagner. Mais ils créent un malaise profond, en occupant le terrain déserté par la majorité silencieuse.

Leur arme favorite? Miser sur la victimisation en exacerbant le sentiment d’islamophobie. C’est ainsi qu’ils comptent s’attirer la grâce de jeunes musulmans, parmi lesquels des convertis, un peu perdus, à la recherche de repères. En leur faisant croire qu’ils sont incompris, injustement stigmatisés, voire diabolisés.

A l’heure où des jeunes quittent la Suisse pour faire le djihad en Syrie, leur interprétation rigoriste de l’islam, leurs messages ambigus et contradictoires, ainsi que leurs connexions troubles nécessitent plus que jamais un décryptage et doivent être dénoncés.

Car au-delà des mises en scène et des rassemblements annoncés à tue-tête se cache une autre réalité. Qui doit être exposée. Naim Cherni, un des membres du comité directeur du CCIS, jeune vidéaste au look branché, est par exemple sous le coup d’une procédure pénale du Ministère public de la Confédération pour soupçon de violation de la loi sur Al-Qaïda. Et Nicolas Blancho admet dans l’interview qu’il nous a accordé être en lien avec des individus qui figurent sur la liste terroriste des Etats-Unis.

Sur les réseaux sociaux, leur discours évolue. Le numéro 2 du CCIS, Qaasim llli, diffuse par exemple, depuis quelques mois, sur Twitter, la revue Dabiq, instrument de propagande de l’État islamique, sans le moindre commentaire. Plutôt curieux alors que Nicolas Blancho redouble d’efforts pour afficher publiquement une distance avec l’État islamique. Les sources de financement du CCIS, elles, restent toujours opaques.

Voilà pourquoi le Temps a décidé de consacrer une enquête au CCIS. Pour mettre en lumière le fonctionnement et les méthodes de l’équipe de Nicolas Blancho, décortiquer leur mission. Et mieux comprendre pourquoi ils causent un tort considérable à la majorité des musulmans de Suisse.

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