Revue de presse

Une énorme émotion médiatique autour de Dominique Warluzel

L’ex-star du barreau genevois fait les gros titres, lui qui est accusé d’avoir tiré samedi dernier sur une aide-soignante

Le Temps avait dévoilé l’affaire ce lundi sur son site internet, et ce mercredi, son nom s’affiche à la une d’innombrables médias et sur les affichettes des journaux dans les kiosques: Dominique Warluzel, accusé d’avoir tiré samedi dernier sur une aide-soignante, a sonné le monde judiciaire. Et le monde tout court, d’ailleurs: stupéfait, incrédule, parfois suspect de Schadenfreude.

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Le Matin de Lausanne, notamment, ami des stars et des people, consacre pas moins de cinq pages au fait divers qui agite la sphère médiatique, à «ses proches […] consternés», tout en rappelant, comme le Blick et Watson.ch, les étapes du parcours de ce «génie du prétoire» qui, dès l’âge de 25 ans, «a brûlé sa vie par les deux bouts jusqu’en 2013. Depuis, il lutte pour la vie. Emprisonné dans son corps. Et, désormais, incarcéré par la justice.»

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Sur le site du quotidien orange, son ex-compagne, Lolita Morena, dit ne pouvoir «imaginer qu’il puisse avoir tiré sur quelqu’un», elle qui «est restée une fidèle amie tout au long de ces années, dans les bons comme les mauvais moments», est particulièrement «choquée par le fait qu’il ait pu avoir une arme en ce moment». On peut néanmoins s’interroger:

Béatrice Barton – ajoute Lolita Morena – qui a participé au récent film documentaire dont l’avocat avait fait l’objet après son AVC – Avec la vie que j’avais «pourrait vous le dire»: «Nous avons tout fait pour qu’il n’en ait pas une près de lui. Je ne sais pas comment il a obtenu cette arme. Mais dans son état physique et psychologique, c’est incompréhensible.»

Si les anglophones disposent d’un bon résumé des faits dans TheLocal.ch, la Tribune de Genève les traite aussi sur deux pages, dont l’essentiel est concentré sur une seule dans 24 heures. Le point fort de leurs contributions est un entretien avec un Alain Delon qu’ils disent «bouleversé». Et qu’est-ce qu’il peut bien dire, son ami fidèle? Ceci: «Ce n’est pas son style, ce n’est pas lui de faire une chose pareille. Je connais l’homme. Il voulait faire peur à cette femme, l’intimider, mais en aucun cas il ne cherchait à la tuer.»

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Mais encore? C’est un peu contradictoire, mais Delon ajoute qu'«en ce moment, il est capable du pire. Je ne vois pas qui peut le raisonner un peu, qui peut être près de lui tout le temps. Il m’a parlé à plusieurs reprises de recourir à Exit pour s’en aller. Cela me faisait très peur. Et aujourd’hui, je suis extrêmement inquiet pour lui. Je ne sais pas ce que je ferais.» Plus sobre, Le Courrier se contente pour sa part de la dépêche d’agence.

Cette proximité avec le monde culturel fait que la presse française s’intéresse aussi désormais à l’affaire. Même la très catholique La Croix précise que «Dominique Warluzel a été un des avocats les plus en vue à Genève pendant de nombreuses années. Attiré par le cinéma et le théâtre, il est un proche d’Alain Delon et est aussi l’ami d’enfance de l’acteur Christophe Lambert.» Alors que Le Parisien rappelle de son côté qu'«en 2011, le Suisse représentait le fils d’Alain Delon dans une affaire de blessure par balle au domicile suisse de l’acteur».

Tout cela, on le sait, bien sûr, et n’a finalement rien à voir avec les événements de ces derniers jours, au sujet desquels la journaliste du Temps avoue d’ailleurs ne pas aimer devoir écrire:

Le blog L’1Dex, repris par Mediapart, se demande, lui, s’il y a «risque de réitération nécessitant un long maintien en détention préventive». «La notoriété du personnage» impliquant «une prolifération d’articles sur le sujet», fait-il remarquer, «un point risque de n’être abordé qu’en catimini», qu’il «examine […] brièvement» en marge de la décision prise par les autorités judiciaires genevoises.

«Brièvement» est en l’occurrence un terme un peu abusif, mais pour l’essentiel, Stéphane Riand, l’auteur, y évoque «la question de la nécessité d’une expertise psychiatrique dans la mesure où il apparaît que l’acte de violence […] est en relation avec des moments non maîtrisés de colère. On peut supposer que celle-ci naît de l’insatisfaction intime – légitime – du sujet atteint par les conséquences de son AVC subi aux Bahamas.»

Cet argent qui énerve

Et de prendre «ici le pari» que des «mesures d’extrémité […] ne seront pas appliquées». Un «enseignement douloureux» de ce cas «est que l’état de santé d’une personne, psychique ou/et physique, dicte parfois des comportements que n’aurait pas eus le même sujet s’il avait été en excellente forme. Tout magistrat sera bien avisé de considérer cet élément d’une manière identique pour les célébrités et pour les moins favorisés. La gestion du cas Warluzel par l’autorité pénale sera de ce point de vue fort instructive» si l’on s’aperçoit au final que le droit entre «en corrélation étroite avec l’argent dont Dominique Warluzel n’est pas dépourvu».

L’argent, voilà surtout ce qui énerve dans cette histoire! Les internautes de la Tribune de Genève sont d’ailleurs déchaînés à ce sujet et pensent que «l’avocat déchu» qui a fini par se rendre antipathique n’a qu’à payer comme tout le monde. On ne vous livrera que ce commentaire, modéré: «A remarquer au passage qu’il n’est mention nulle part de l’état physique et psychologique de l’aide-soignante, la victime, mais uniquement de celui de l’avocat. Tout est fait pour minimiser les faits et victimiser l’avocat agresseur. Je trouve ça assez écœurant.»

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