Après près d’une année de manifestations pour la défense de l’autonomie et des libertés – promises aux Hongkongais jusqu’à 2047 par la déclaration conjointe sino-britannique –, Pékin a imposé une nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hongkong. L’imposition de cette loi par Pékin, sans que le gouvernement hongkongais n’en connaisse les détails jusqu’à la veille de son introduction, le 1er juillet dernier, illustre l’interférence et le contrôle grandissant du gouvernement chinois sur la ville et la politique de Hongkong.

Autocensure sans précédent

Cette nouvelle loi, sanctionnant tout acte interprété comme mettant en cause l’autorité de Pékin sur Hongkong, ne menace pas seulement les droits et libertés des personnes résidant à Hongkong mais elle nous menace nous aussi Hongkongais vivant à Genève ainsi que toute autre personne voulant exprimer son désaccord et son inquiétude face à la situation actuelle dans notre ville d’origine. Le gouvernement hongkongais a dans un premier temps tenté de rassurer (ou de duper) la population en avançant que l’introduction de cette loi ne ciblerait qu’un nombre très réduit de personnes. Mais, dès son application, des manifestants ne faisant que brandir des pancartes et chanter des slogans ont été arrêtés pour violation de la loi sur la sécurité nationale.

Nous ne voulons pas pour autant jouer le jeu de Pékin et nous taire face à la crainte de potentielles sanctions lors de notre retour à Hongkong

La ligne rouge – délibérément floue – crée un réel sentiment de terreur à Hongkong et une autocensure sans précédent. Les membres de nos familles et nos amis ont supprimé leurs comptes et messages en soutien au mouvement protestataire sur les réseaux sociaux. De nombreux partis politiques d’opposition ont été dissous et certains de leurs membres ont déjà quitté Hongkong, craignant d’être prochainement arrêtés. La liberté de la presse est elle aussi menacée, comme l’illustre l’arrestation du propriétaire de la principale compagnie de médias pro-démocratie hongkongaise et la descente policière dans leurs locaux il y a quelques semaines.

Responsabilité de parler

Face à la répression croissante et à l’effritement des libertés à Hongkong, nous, Hongkongais vivant à Genève, avons décidé de nous rassembler afin de condamner avec fermeté la flagrante violation des droits de l’homme qui se déroule en ce moment même dans notre ville d’origine. Nous rendons tous régulièrement visite à nos proches résidant à Hongkong et certains d’entre nous ont participé activement aux manifestations l’année passée, mais nous ne voulons pas pour autant jouer le jeu de Pékin et nous taire face à la crainte de potentielles sanctions lors de notre retour à Hongkong.

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Nous avons la chance de vivre actuellement en Suisse, pays dans lequel nous pouvons nous exprimer librement et plus particulièrement encore de vivre à Genève, ville hôte de nombreuses organisations internationales et autres ONG. Genève étant un bastion des droits de l’homme, nous pensons avoir la responsabilité de prendre la parole et de nous opposer à la répression subie par nos concitoyens. Nous avons donc décidé d’organiser une manifestation le 26 septembre 2020 de 14h30 à 17h30 sur le quai Wilson afin de sensibiliser les Genevois à la répression que subit l’opposition à Hongkong et d’exprimer notre soutien envers celle-ci.

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