La Commission européenne de Romano Prodi n'a, a priori, pas de quoi inquiéter la Suisse. Le nouvel homme fort de Bruxelles veut rapprocher l'Europe des citoyens. Un objectif louable: il contribuera à rassurer les Suisses qui voient dans le processus d'intégration un danger pour leur identité. Prodi, un homme tout en rondeur, est de ceux qui inspirent confiance. On ne peut malheureusement pas en dire autant de son équipe, composée pour l'essentiel de technocrates: une Emma Bonino ou un Jack Lang auraient davantage contribué à donner un visage humain à l'Europe.

Chris Patten est l'exception qui confirme la règle. Ce bon vivant est le nouveau «ministre» européen des Affaires étrangères. Il sera chargé de porter la bonne parole européenne aux quatre coins de la planète. La Chine n'accueillera pas à bras ouverts le dernier gouverneur britannique de Hongkong. La Suisse mettra en revanche les petits plats dans les grands pour recevoir ce conservateur proeuropéen. Issu d'un parti profondément divisé sur l'Europe, Patten ne devrait pas venir faire la morale aux Suisses auxquels l'adhésion répugne encore.

Frits Bolkestein y mettra peut-être moins les formes. Ce Néerlandais fort en gueule et réputé pour ses prises de position eurosceptiques fait son entrée à la Commission où il sera responsable de la Fiscalité. Il négociera la coordination de la fiscalité de l'épargne avec la Suisse. Ce chantre du libéralisme devrait se faire l'avocat de la concurrence fiscale. Mais il est originaire d'un pays qui n'affiche aucune sympathie pour le secret bancaire. Et qui préconise l'échange d'informations entre administrations fiscales pour combattre la fuite des capitaux.

C'est dire que l'on peut s'attendre à un durcissement de l'Europe sur ce dossier sensible. Bolkestein ne pourra certes pas changer radicalement le cap pris par son prédécesseur, Mario Monti. Mais le professeur d'économie italien était devenu, au fil des mois, un interlocuteur acceptable pour le Conseil fédéral. Avec Bolkestein, tout reste à faire. A commencer par le convaincre des mérites du secret bancaire.

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