L’évaluation au service de l’apprentissage (ou évaluation soutien d’apprentissage, traduit de l’anglais «Assessment for Learning») est l’une des finalités les plus importantes de l’évaluation scolaire aujourd’hui. Depuis une quinzaine d’années, la majorité des systèmes éducatifs des Etats membres de l’OCDE favorisent sa promotion et réfléchissent aux conditions de sa mise en œuvre dans les écoles. En effet, la recherche montre que cette acception de l’évaluation est l’un des plus puissants moyens d’améliorer l’atteinte des objectifs pour le plus grand nombre d’élèves, et ainsi de lutter contre l’échec scolaire.

En s’appuyant sur les résultats d’une consultation menée auprès de divers acteurs, Madame Cesla Amarelle, cheffe du Département de la formation du canton de Vaud, a décidé de s’inscrire dans cette mouvance en allégeant l’évaluation notée à l’école. Avec la diminution du nombre de tests par semestre, la suppression de l’épreuve cantonale de référence (ECR) de 10e et l’atténuation du poids de l’examen de certificat, elle a donné un message pertinent et bienvenu: l’école ne doit plus être une «course d’obstacles» mais un lieu où l’enseignement et l’apprentissage (re)prennent la place qu’ils ne devraient jamais quitter. Ainsi, l’évaluation au service de l’apprentissage telle que conçue dans la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) se voit renforcée, et l’école vaudoise se rapproche de modalités d’évaluation en vigueur dans la plupart des systèmes romands.

Travailler pour les notes

A n’en pas douter, un bon nombre de parents, d’élèves, de directions d’établissements et d’enseignants seront soulagés par ces décisions, dès le primaire. Des projections ont effectivement montré qu’au secondaire, toutes disciplines confondues, le nombre moyen de tests hebdomadaires pouvait légalement être de trois, ce qui signifie qu’un élève était potentiellement amené à se voir testé quotidiennement durant certaines périodes de l’année. Des phénomènes similaires ont été également observés dans d’autres contextes, donnant à penser qu’ils sont relativement universels. Mais qui, parmi nous, tiendrait une telle cadence évaluative, avec des enjeux si élevés?

Qui, parmi nous, tiendrait une telle cadence évaluative, avec des enjeux si élevés?

Ces changements, dans un canton scolairement aussi conservateur, ne manquent évidemment pas de réveiller les partisans d’une école où le test est considéré comme un moyen d’éviter le nivellement par le bas et de favoriser la motivation des élèves. Répétons-le, et n’en déplaise au sens commun, c’est bien le contraire qui se passe: plus les tests sont fréquents, plus la majorité des élèves, obnubilés par leurs moyennes, ont tendance à ne travailler que pour les notes. Ils apprennent donc moins bien, leur stress augmente et leur motivation ne dépend plus que de leurs résultats. Quant aux enseignants, ils consacrent une énergie considérable et parfois démesurée à élaborer ces tests et à les corriger, et certains professionnels souffrent réellement de cette situation.

Changements ambitieux

Comme le montrent de nombreuses recherches, les écoles dans lesquelles les élèves réussissent le mieux ne sont donc pas celles où l’on teste beaucoup, mais bien celles où les enseignants mettent l’accent sur les contenus importants à enseigner, accompagnent les élèves dans leurs apprentissages et conçoivent l’évaluation d’un point de vue plus qualitatif que quantitatif. Ils testent et notent toujours, mais moins souvent et de manière plus ciblée.

Soyons toutefois clairs: ces changements sont ambitieux. Ils vont d’abord demander au corps enseignant de se concentrer sur la qualité de son enseignement et d’élaborer des tests réellement significatifs des apprentissages clés des élèves, de manière concertée, avec rigueur et transparence. L’erreur serait en effet de densifier encore davantage ces tests, qui, par expérience, sont déjà très fournis dès les premiers degrés. Il reviendra également aux directions d’écoles de favoriser des pratiques plus qualitatives. Enfin, il s’agira pour le Département de la formation de réunir les compétences nécessaires à l’élaboration des différentes épreuves de l’examen écrit de certificat: ce dernier devra non seulement s’inscrire dans les multiples cultures des établissements dont les pratiques en la matière et les niveaux d’exigence variaient considérablement, et parallèlement fournir des données pour le pilotage du système scolaire. A ce niveau, l’expérience d’autres cantons pourrait être inspirante.


*Raphaël Pasquini, professeur associé en évaluation certificative des apprentissages, en évaluation formative et dans les processus d’orientation scolaire, HEP Vaud

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