L’information n’est pas récente, mais elle est restée gravée dans ma mémoire. Et pour cause. Publié en mai dernier, un communiqué de l’Université de Neuchâtel informait que, durant les entretiens d’embauche, les femmes riaient plus souvent que les hommes et que ce rire leur ouvrait les portes de l’entreprise. C’est Julie Brosy, une chercheuse de l’Institut de psychologie du travail et des organisations (IPTO) rattaché à cette académie, qui a établi ce constat dans le cadre de sa thèse consacrée à l’impact que peuvent avoir «les influences, l’accroche narrative et le rire sur les résultats d’une entrevue».

Pour cela, elle a observé 80 entretiens et détaillé les interactions entre l’équipe du recrutement et les candidats. Déjà, écrit-elle, les rires proviennent plus des postulants que de leurs vis-à-vis, ce qui semble logique, sachant de quel côté se situent la tension, la volonté de bien faire et la nécessité de séduction.

«Un relationnel»

Ensuite, ce sont plus souvent des femmes qui ont ce réflexe sonore que leurs homologues masculins. Pourquoi? Parce que, estime Julie Brosy, le rire est un facilitateur relationnel qui incite au partage. Or, «comme les femmes sont en général plus sensibles à la régulation de l’interaction, elles produisent plus de rires et sont aussi plus enclines à les partager que les hommes».

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Et elles ont raison. Car, poursuit la spécialiste, le rire permet à l’entretien d’avancer, de passer d’une phase à une autre de manière agréable. Surtout, il joue un rôle sur le résultat de l’entrevue. «Plus il y a de rires partagés, plus l’évaluation du candidat est positive», dit la chercheuse.

Sérieux ne veut pas dire triste

J’adore. Pourquoi? Parce que je suis une rieuse et que, traditionnellement, en Suisse, seul le sérieux est pris au… sérieux. A priori, on se méfie du rieur, plus associé à «la déconne» qu’au travail. Et ce qui me semblait déjà vrai pour le rieur me paraissait encore plus vrai pour la rieuse. Souvent, dans le secteur du tertiaire, on entend dire qu’une femme doit être deux fois plus dure qu’un homme pour être respectée…

En prouvant au contraire qu’une femme qui rit est une personne qu’on a plus envie d’engager parce qu’elle contribue à l’essor des affaires, Julie Brosy modifie le modèle traditionnel. Désormais, dans les entreprises qui savent y faire, on n’associera plus forcément légèreté d’humeur avec légèreté d’implication professionnelle. Siffler en travaillant...


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