Tout le monde porte au crédit d’Antonio Guterres le fait d’avoir sauvé les Nations unies de la politique désastreuse de l’administration Trump. Sans son approche prudente, la Maison-Blanche aurait dévasté bien davantage et pour longtemps l’organisation multilatérale. Mais cette bataille a néanmoins eu un coût: elle a contraint l’ONU à mener une politique défensive alors que les défis d’aujourd’hui exigent un engagement proactif de tous les instants.

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Le Portugais, politicien averti, se présente à un second mandat pour 2022 pour une bonne raison: il sait qu’il a le soutien des membres permanents du Conseil de sécurité. Il promet qu’il n’aura plus à consacrer autant d’énergie à la seule relation avec Washington. Si le Portugais a su mener certaines réformes à bien comme celle des «coordinateurs résidents», ces «porte-parole» uniques de l’ONU sur le terrain, sa communication est parfois apparue bien faible face aux cris d’orfraie des pouvoirs autocrates. En matière de genre, il a su féminiser son cabinet comme aucun autre de ses prédécesseurs, atteignant la parité.

Aucune femme en 75 ans

Et pourtant, un peu plus de 75 ans après la création des Nations unies à la Conférence de San Francisco, aucune femme n’a dirigé l’organisation. C’est une lacune aussi anachronique que coupable. Le monde ne manque pas de femmes compétentes. Il suffirait de les mettre en condition de se battre à armes égales avec les hommes pour qu’elles aient enfin une chance d’accéder au poste de secrétaire général de l’ONU. Dans un monde aussi tourmenté, déchiré par une géopolitique mouvante, les prédispositions dites féminines pour entretenir la paix pourraient s’avérer extraordinairement utiles, tant, dans les coulisses onusiennes, on ne cesse de les louer.

Vu les circonstances, Antonio Guterres paraît intouchable. Mais cela ne devrait pas être une excuse pour se contenter d’une élection limitée à un seul homme. Ce serait très dommageable pour l’image de l’organisation. Comme l’exige la société civile, qui a réussi à rendre ce processus plus transparent pour la première fois en 2016, l’élection doit donner lieu à une vraie compétition. Il incombe aux 193 Etats membres d’assumer leurs responsabilités et d’oser présenter des candidatures de femmes fortes, courageuses et compétentes.

En 2021, dans un contexte onusien extrêmement tendu, la realpolitik risque de l’emporter sur toute considération de genre. Mais si on veut voir une femme à la tête de l’ONU au plus tard en 2027, il est temps de faire de cette requête davantage qu’un slogan.