Le quinquennat présidentiel de François Hollande demeurera donc comme l’un des plus extraordinaires de la Vème République Française. Commencé sous le slogan du «président normal», son mandat était, depuis des semaines, en train de s’enliser dans le pire des marécages: celui du discrédit personnel, des batailles de personnes, des arrangements tactiques à courte vue. Avec le risque, en France comme à l’étranger, d’un affaissement des institutions et du rang occupé par la cinquième puissance mondiale dans le concert des nations.

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En renonçant à se représenter – ce qui ouvre la voie à la candidature présidentielle imminente du premier ministre Manuel Valls – François Hollande a donc préservé à la fois sa crédibilité personnelle et celle de sa fonction. L’exercice, ne l’oublions pas, était d’une intensité dramatique inédite. Avant lui, aucun président de la République en exercice, en France, n’avait ainsi renoncé à retourner devant les électeurs à l'issue d'un premier mandat. C’est donc à cette lumière qu’il faut juger cet événement politique sans précédent. L’allocution fut digne. Sobre. Précise sur les acquis de son quinquennat que ce Chef de l’Etat désormais hors-jeu cherchera à valoriser par tous les moyens. Avec un objectif: que la primaire de la gauche à venir, les 22 et 20 janvier, n’enterre pas le bilan de cette «gauche de gouvernement» qu’il s’efforça d’incarner depuis 2012.

La France est, jeudi soir, redevenue «normale». Pour la première fois de son histoire récente, le monarque républicain aux commandes a tiré les conséquences du désaveu populaire et de son incapacité à réaliser autour de lui l’unité d’une gauche sociale-démocrate malmenée partout en Europe par les inquiétudes des populations et le rouleau compresseur de la mondialisation. Un nouveau départ peut en résulter, sur fond d’une nouvelle donne politique. La page Sarkozy est définitivement tournée. Le Front national, premier parti de France, ne peut plus jouer sur le chaos institutionnel. François Fillon, candidat adoubé par l’indéniable succès populaire de la primaire de la droite et favori pour la présidentielle de mai 2017 ne pourra plus aussi aisément jouer la carte du sauveur. La gauche peut, de son côté, redresser la tête et s’employer à surmonter ses divisions.

Cette France, le locataire de l’Elysée en a dressé lui-même le diagnostic. Le chômage en est la principale plaie. Son modèle social est ébranlé. Le terrorisme l’a fissuré. Mais elle demeure solide. François Hollande, hier, s’est comporté en président digne et responsable. Cela doit être mis à son crédit.

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