Editorial

Une gare providence

EDITORIAL. A Genève, la Comédie se déploie sur l’une des stations phares de la future liaison Cornavin-Annemasse. Tout un symbole: désormais, les grandes institutions culturelles s’apparentent à des ruches

Et si Genève s’était réconciliée avec Arlequin? Si elle en avait fini avec cette méfiance ancienne vis-à-vis d’un art où l’impudeur est parfois nécessaire, où la part inavouable de nos vies s’éclaire? La Comédie a surgi du sol, dans le quartier des Eaux-Vives, et elle se déploie aujourd’hui déjà, à deux ans de son inauguration, comme un paquebot sur une grande gare souterraine. Qui l’eût cru en 2001, quand un groupe de professionnels se formait sous la bannière de l’Association pour une nouvelle Comédie?

Lire aussi: La nouvelle Comédie, un grand roman genevois

Le théâtre serait voué au passé? Certes pas. Sinon pourquoi continuerait-on à construire des maisons où ressouder nos communautés, où rire de nos ridicules, où se demander ce qu’aimer veut dire. Le canton du Jura en bâtira un qui fera date. Carouge, aux portes de Genève, reconstruit le sien – il promet aussi d’être magnifique. A chaque fois, il s’agit d’intégrer les nouveaux outils technologiques, les modes de jeu et de représentation.

Lire également: Un théâtre arraché aux forceps

La grande chance de la future Comédie, c’est d’être adossée au CEVA, cette liaison entre Cornavin et Annemasse qui va révolutionner notre perception du territoire. Sans cette liaison-là, il est probable que les Genevois, qui en rêvent depuis des lustres, seraient encore en train de ronger leur frein. Il y avait une place à prendre, gare des Eaux-Vives: la vieille dame du boulevard des Philosophes a sauté sur l’occasion pour s’offrir une jeunesse inespérée et élargir le cercle des amoureux.

Lire aussi: Une mobilité à deux vitesses dans le Grand Genève

Car tel est l’enjeu. Comme les musées, les bibliothèques, les théâtres d’aujourd’hui sont des ruches dont la vie excède le spectacle du soir. Ils stimulent la pensée, flattent les sens, brassent les tribus urbaines, invitent à tricoter autrement nos vies. Ils privilégient l’hospitalité, les fraternités de circonstance. C’est ce rôle que jouera la Comédie. Le bastion de Calvin avait la réputation de ne pas aimer les illusionnistes. Cette ère est révolue. Mariée au CEVA, la grande maison devient le symbole d’une modernité. Du désir de se raconter des histoires, fût-ce de beaux romans de gare.

Publicité