Le New Labour est-il en bout de course? Les cuisantes défaites que le Parti travailliste britannique a subies ces trois dernières semaines, dont la dernière en date dans un bastion travailliste du nord de l'Angleterre, le laissent croire.

Eminence grise du blairisme pendant treize ans, le premier ministre Gordon Brown a longtemps incarné le dynamisme et la solidité de la flamboyante économie britannique. Aujourd'hui, «Monsieur Prudence» représente une Grande-Bretagne titubante, en proie à une crise immobilière qui pourrait faire des millions de victimes. Mais aussi un pays qui a, comme son allié américain, poussé le vice du crédit à l'excès. Le premier ministre véhicule l'image d'un modèle britannique qui se fissure et dont les défaillances inquiètent l'Europe. Pour les Britanniques, Gordon Brown personnifie désormais un double mal: celui d'augmenter les impôts sans améliorer de façon tangible les services publics, trahissant l'une des devises néotravaillistes. Il révèle surtout le travail inachevé de la réforme blairiste. L'injection de milliards de francs dans la santé et l'éducation à partir de 2001 n'a pas été accompagnée par une amélioration significative des prestations, une exigence pourtant fondamentale pour une classe moyenne jusqu'ici prête à payer pour une fonction publique de qualité. Ces lacunes apparaissent avec d'autant plus d'éclat que Gordon Brown n'a pas le talent médiatique de son prédécesseur pour les occulter.

Résistant mal aux pressions politiques et médiatiques, il a multiplié les erreurs au cours de sa première année au 10, Downing Street. De brillant stratège comme chancelier de l'Echiquier, il est devenu un premier ministre fuyant, hésitant et parfois paniqué. On se demande si l'Ecossais, qui a publié l'an dernier un ouvrage intitulé Courage, a l'étoffe d'un premier ministre.

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