Editorial

Une histoire rafistolée

L’histoire sombre des enfants placés de force jusque dans les années 80 était connue. De nombreuses victimes sont sorties du silence ces dernières années. Elles l’ont fait d’abord timidement, puis de manière toujours plus pressante, pour demander réparation.

Ce printemps, une initiative a été lancée pour réclamer la constitution d’un fonds de 500 millions de francs. Le 12 juin, une marche de solidarité quittera Berne pour rejoindre Genève où une pétition sera remise à l’ONU. Si bien que la pression ne cesse de croître sur les cantons et la Confédération pour que, au-delà des excuses, ils agissent concrètement. Parmi les revendications: dédommagement, examen de chaque cas séparément, étude scientifique sur ce chapitre de l’histoire suisse…

Mais, actuellement, l’accès aux archives constitue une priorité pour la plupart des victimes. Agées, elles veulent savoir pourquoi elles ont été placées de force dans des orphelinats, fermes, maisons de redressement, voire des prisons. Cette requête est légitime car derrière un acte juridique ou administratif se cache l’histoire de leur famille, d’un parent inconnu ou caché.

Que des archives aient été détruites est compréhensible dès lors qu’il ne s’agissait pas de protéger les responsables ou de taire des faits, mais surtout de permettre aux pensionnaires de l’époque de poursuivre leur vie sur une page blanche. Par contre, que des victimes de ces placements abusifs ne sachent toujours pas qui peut les aider à retrouver leur dossier, comment effectuer cette démarche et qu’en attendre montre à quel point les autorités – cantonales surtout – ont sous-estimé l’impact de la résurgence de ce passé et de la reconnaissance officielle de l’injustice qu’ont connue des dizaines de milliers de Suisses. De grands progrès ont été faits. Mais dans l’urgence la plupart du temps.

L’histoire des enfants placés a déjà été partiellement écrite. Les historiens poursuivent leurs travaux. Reste les histoires individuelles. Elles sont tout aussi importantes si la Suisse veut tourner dignement cette page. Mais, actuellement, l’heure est plutôt au rafistolage.