Boostée par l’industrie, la production d’huile de palme a triplé au cours de ces 30 dernières années. Elle compte maintenant pour environ 40% du marché mondial de l’huile végétale, soit l’équivalent de quelque 70 000 millions de tonnes. Les principaux pays producteurs sont l’Indonésie et la Malaisie, totalisant 88% de la production mondiale. Ces pays ont privilégié l’extension de monocultures de palmiers à huile, dont chaque plantation s’étend sur plusieurs milliers d’hectares. L’Indonésie cultive actuellement environ neuf millions d’hectares. Entre 10 et 20 millions d’hectares supplémentaires sont d’ores et déjà prévus pour leur extension.

Ces exploitations font l’objet de nombreuses critiques. C’est que les forêts auxquelles elles se substituent abritent des espèces en voie d’extinction, comme le tigre, l’orang-outan, l’éléphant et le rhinocéros. Mais, elles génèrent également des conflits aigus avec les communautés locales, qui se voient ainsi spoliées de leurs terres.

En deçà des attentes

Créée en 2004, la «Table ronde sur l’huile de palme durable» (Roundtable on Sustainable Palm Oil - RSPO) ambitionne de remédier à ces conséquences néfastes. Cet accord multi- partite entre les acteurs privés de la filière – du producteur au détaillant – met sur le marché une huile certifiée durable qui respecte des normes sociales et environnementales. Si l’idée initiale des entreprises européennes porteuses de la RSPO - telles que Unilever, Migros ou Sainsbury’s – paraît louable, force est de constater que les résultats sur le terrain demeurent bien en deçà des attentes.

Deux facteurs expliqueraient cette situation. D’abord, seuls quelques très grands producteurs se lancent dans un processus de certification pour avoir accès au marché européen et nord-américain très demandeur, mais qui ne représente qu’à peine 13% du marché mondial. Les autres n’y trouvent aucun intérêt économique. Ensuite, ces grands producteurs utilisent des stratégies pour détourner la mise en application des normes: ils jouent sur leurs imprécisions, ils reportent leur applications au nom de la faisabilité ou ils violent carrément certaines d’entre elles. Ces délits demeurent le plus souvent ignorés, car les associations ont des moyens très limités pour effectuer la surveillance nécessaire.

Changements en profondeur

Obtenir un réel impact social et environnemental nécessite d’aller delà de la création d’un segment «durable» de marché. Elle exige la réforme de l’ensemble du secteur de la production d’huile de palme. Ceci devrait se traduire par à la fois l’émergence d’une demande globale pour une huile de palme durable ; mais aussi par l’appui aux pays producteurs pour qu’ils changent leur mode d’exploitation, ce qui passe par une clarification du régime foncier, un appui technique décentralisé et un réorganisation de la chaine de production.

Les enjeux de la RSPO seront l’occasion d’un débat organisé par SWISSAID Genève le 23 septembre 2014 au Palais Eynard avec les acteurs majeurs : Greenpeace, Migros, Nestlé, Tft et WWF.

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