Difficile d’imaginer dramatisation plus spectaculaire de la crise politique secouant les Etats-Unis que la perquisition orchestrée lundi par le FBI à la résidence principale de l’ex-président Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride. Objet probable de l’opération: récupérer des documents, certains confidentiels, que Trump avait emportés avec lui en quittant la Maison-Blanche, violant sans doute une loi fédérale sur l’archivage.

Un tel mandat n’est pas attribué à la légère. Le FBI, dont le directeur général avait été pourtant nommé par Trump, et le Département de la justice ont dû le justifier devant un juge fédéral, attestant de réels soupçons («probable cause») d’activités illégales de la part de l’ex-président républicain.

Lire aussi: Donald Trump annonce que sa résidence de Mar-a-Lago a été perquisitionnée par le FBI

Donald Trump a tôt fait de se poser en martyr de Washington, dénonçant une action purement politique visant à lui barrer la route pour une candidature à la présidence en 2024, qui lui permettrait d’ailleurs d’échapper aux enquêtes judiciaires. Or, l’opération menée lundi relève de la justice. Interrogée, la Maison-Blanche a dit tout en ignorer, confirmant la séparation des pouvoirs. L’étau juridique sur Donald Trump, objet de multiples enquêtes, se resserre inexorablement au point qu’à Washington, une inculpation du 45e président des Etats-Unis ne paraît plus du tout improbable.

L’assise même des Etats-Unis menacée

Ces avancées surviennent dans un contexte politique délétère. La Cour suprême, prise en otage par des juges trumpistes, a complètement sapé le crédit dont elle bénéficiait en tant qu’institution censée œuvrer au-dessus de la politique. A contrario, la Commission parlementaire du Congrès enquêtant sur la tentative avortée de coup d’Etat du 6 janvier 2021 a réalisé jusqu’ici un travail aussi remarquable qu’il est nécessaire si la démocratie états-unienne ne veut pas revivre un traumatisme et une déstabilisation similaires à l’avenir.

Critiqué par une partie des démocrates pour son extrême prudence, le ministre de la Justice, Merrick Garland, a dû soupeser toutes les conséquences d’une telle perquisition. Aussi pertinente soit-elle, la descente des policiers fédéraux en Floride va en effet exacerber une guerre des tranchées politique qui menace l’assise même du pays. Les options de Garland sont en réalité très limitées: en assumant pleinement la responsabilité de sa fonction, il attisera le feu de la colère des trumpistes, mais se portera garant de la défense des institutions. A quelques mois des élections de mi-mandat, la grenade est dégoupillée. L’impact de sa déflagration pourrait être considérable.


Retrouvez tous les éditoriaux du Temps.