Revue de presse

Une invitation pour Ueli Maurer dans le Bureau ovale, ça ne se refuse pas

Il n’a quasi rien filtré de la rencontre surprise entre Donald Trump et le président de la Confédération, jeudi à Washington. Mais avec l’Iran, le Venezuela et, accessoirement, le projet de libre-échange entre les deux pays, il y avait de quoi nourrir la discussion mystère-et-boule-de-gomme

«Pour en avoir rencontré à Téhéran», l’éditorialiste de 24 heures «peut affirmer sans exagérer que les diplomates suisses sont parmi les plus fins connaisseurs du pays des mollahs et que leur expertise sur les contradictions et les faiblesses du régime iranien est à nulle autre pareille». Voilà pourquoi, sans aucun doute, le président américain, «engagé dans une dangereuse escalade avec l’Iran» mais «enfin bien conseillé», s’est tourné vers le président de la Confédération. Ou le contraire, on ne sait pas.

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Il faut donc espérer, poursuit-il, que «l’analyse et les bons offices de la Suisse l’emportent sur les fauteurs de guerre de l’administration américaine», les «faucons de son entourage» qui encouragent le locataire actuel de la Maison-Blanche à déclencher un conflit, comme l’explique CNN. Les Helvètes pourraient-ils pousser «Donald Trump à revoir son attitude», déjà qu’il semble peu convaincu lui-même de s’embarquer dans une telle galère?

L'interview d'Ueli Maurer sur CNN: 

«Si tel devait être le cas, la visite «sur appel» du président Maurer à Washington», organisée «à la va-vite, […] n’aura pas été vaine». Le Zurichois avait d’ailleurs l’air impressionné par son homologue, son ouverture d’esprit et son amabilité, et il l’a dit. «Et si, en guise de remerciements pour les services rendus» dans les dossiers iranien et vénézuélien, «l’administration Trump nous proposait d’ouvrir les négociations sur un accord de libre-échange, ou quelque autre «bonus», qui s’en plaindrait?»

Il faut rappeler aussi qu’Ueli Maurer est «le premier président de la Confédération à être reçu à la Maison-Blanche» depuis près de trente ans. En 1992, René Felber (ci-dessus) avait rencontré le président américain George Bush (père), d’ailleurs «en tant que président du comité des ministres du Conseil de l’Europe, mais pas en qualité de président de la Confédération helvétique».

Pour en revenir aux choses actuelles, la Neue Zürcher Zeitung, en ce qui concerne un éventuel futur traité de libre-échange entre les deux pays, ne brille pas par son optimisme. Si Donald Trump apparaît empreint de «bienveillance», comme le dit aussi la Handelszeitung, on peut se demander si «les Etats-Unis souhaitent réellement un accord avec la petite Suisse. Jusqu’à présent, par exemple, le Congrès n’est même pas encore parvenu à ratifier un nouvel accord avec le Mexique et le Canada. […] La conversation entre Trump et Maurer est un signal politique encourageant, mais le chemin vers un accord est encore long.»

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Néanmoins, raconte bucoliquement La Liberté de Fribourg, «c’est sous un soleil radieux» à Washington qu’a commencé cette «belle journée pour négocier». «Le bilan se veut positif, même si la Suisse a dû défendre ses accords avec la Chine.» Quant au conseiller aux Etats Christian Levrat (PS/FR), il «n’est pas dupe»: «Selon moi, Donald Trump a un urgent besoin de consolider ses canaux de communication fiables avec l’Iran. La Suisse a saisi cette invitation pour parler de l’accord de libre-échange. Elle a raison de tenter le coup…»

… Mais je doute que cet accord ait des chances tant que les Etats-Unis ne renoncent pas au volet agricole. C’est ce qui a fait échouer le projet en 2006, et l’écart est aussi élevé qu’à l’époque

Alors comment tout cela s’est-il passé, en réalité? Le Tages-Anzeiger raconte que «Donald Trump aime les méthodes chocs»: «Il déséquilibre «l’adversaire» de manière si surprenante, de sorte que personne ne peut lui résister. Berne a également été pris au dépourvu quand, mardi soir, une offre de Washington D.C. est arrivée. Le président américain était prêt à recevoir le président de la Confédération à la Maison-Blanche – jeudi, pas deux jours plus tard.»

Alors, «quand Ueli Maurer en a brièvement informé le Conseil fédéral mercredi, ses collègues, selon des sources bien informées, lui ont fait remarquer le risque qu’il prenait en acceptant une visite avec un temps de préparation aussi court. Le Département des affaires étrangères a également exprimé sa préoccupation sur le fait que le court terme n’était pas suffisant pour un traitement sérieux des problèmes, ce qui semble accentuer les différences de points de vue entre Ignazio Cassis et sa secrétaire d’Etat, Pascale Baeriswyl. La relation entre le conseiller fédéral et son numéro deux est considérée comme tendue.»

Toutefois, une première invitation dans le Bureau ovale, ça ne se refuse pas. Il y avait là une occasion rapide de compenser le fait que «Trump voulait à l’origine rencontrer Ueli Maurer au Forum économique de Davos en janvier dernier». Il n’a pas pu le faire en raison du shutdown de l’administration américaine. Largement de quoi s’intéresser, donc, au débat tenu jeudi soir dans le Forum radiophonique de la RTS entre Karen Olson, membre des Democrats Abroad en Suisse, et Laurent Wehrli, conseiller national (PLR/VD), membre de la Commission de politique extérieure.

Mais au-delà? Bien peu de contenu. D’où quelques railleries d’internautes pour meubler le vide, dont quelques-unes ma foi fort drôles, notamment sur les murs et les constructeurs de murs («Maurer» auf deutsch), ont été recensées par 20 Minuten. Cela dit, la diplomatie étant ce qu’elle est, on n’en saura donc pas davantage pour l’heure. Alors, quelques extraits pour la bonne bouche? Les voici, avec d’abord trois fautes d’orthographe relayées par le Département fédéral des finances et pointées du doigt par le Blick:

Quant au bureau moscovite des hackers de Watson.ch, il livre des images exclusives de la conversation qu’ont eue les deux présidents avant leur rencontre. Ce sont des images évidemment volées, d’où leur qualité moyenne. Voici le début de cet irrésistible échange, sans flagornerie ni faux col:


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