L'Italie n'avait plus connu un climat social aussi délétère depuis longtemps. Dans les grandes villes du pays, de Palerme à Gênes en passant par Milan, étudiants, recteurs d'université, professeurs et parents descendent aujourd'hui dans la rue pour «sauver l'école publique» lors d'une grève nationale. La forte mobilisation a pour objectif de dénoncer la loi Gelmini - du nom de la ministre de l'Education - adoptée mercredi par le Sénat. Celle-ci prévoit des coupes budgétaires de 11,4 milliards de francs et la suppression de plus de 87000 postes d'enseignants d'ici à 2012. Le gouvernement entend aussi réduire les investissements dans la recherche, déjà parent pauvre de l'Etat italien.

Les affrontements que la loi Gelmini a déjà provoqués entre les composantes extrêmes du mouvement estudiantin et les militants d'extrême droite prouvent toutefois que la réforme scolaire n'est que le symptôme d'un malaise plus profond. Depuis quelque temps, la radicalisation des rapports sociaux des Italiens envers les immigrés, mais aussi des Italiens entre eux, est un indicateur alarmant de l'intolérance rampante. Les heurts se multiplient. Dans les stades de football, les ultras se sentent légitimés à faire le salut nazi. Jamais les nostalgiques de Mussolini n'ont été aussi nombreux et ils ne se privent plus de souligner que l'autoritarisme du Duce avait finalement du bon. Roberto Saviano, auteur du roman Gomorra sur la mafia napolitaine, a bien osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Le miroir qu'a tendu l'écrivain de Naples aux Italiens n'a pas plu. Menacé de mort par la Camorra, il s'est résigné à l'exil.

A qui la faute? Editorialiste au Corriere della Sera, Ernesto Galli della Loggia est sans concession. L'Italie est un pays à l'arrêt, «prisonnier de son passé», mais aussi de ses élites politiques qui ne cessent de brasser des lieux communs en guise de programme. Elle a inventé la «figure un peu ridicule de père de la patrie». La politique conflictuelle et populiste de Silvio Berlusconi, conjuguée à l'extrême faiblesse d'un centre gauche englué dans les marasmes de la politique politicienne, pourrait à terme induire des dérives dignes des années de plomb.

La rébellion des étudiants italiens n'est donc pas un caprice. C'est l'appel au secours d'une jeunesse qui se cherche un avenir autre que celui d'une Italie gangrenée par la peur de s'affranchir de son passé.

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