Digitale attitude

Une jeune femme jugée coupable d’homicide involontaire par SMS

Aux Etats-Unis, elle avait encouragé son petit ami à se suicider, via des textos. Elle risque jusqu’à 20 ans de prison

Michelle Carter, 17 ans, se trouvait à des kilomètres de Conrad Roy, 18 ans, lorsque ce dernier est mort intoxiqué au monoxyde de carbone dans sa camionnette en juillet 2014. C’est sur l’argument de cette absence que la défense comptait obtenir son acquittement et sur le fait qu’un suicide est toujours un acte délibéré et personnel, même si un SMS suggestif peut l’encourager.

Mais un juge du Massachusetts en a décidé autrement. Reconnaissant qu’habituellement un meurtrier se trouve sur les lieux d’un crime, dans ce cas précis les innombrables textos et appels téléphoniques de la jeune fille ont, de facto, établi sa présence virtuelle.

Le procès, qui s’est déroulé trois ans après les événements, a fait ressortir le portrait de deux adolescents très perturbés. Ils se sont échangé des centaines de textos sur la manière dont Conrad devait mettre fin à ses jours, Michelle lui proposant différentes méthodes dénichées sur Google. Dans un ultime coup de fil, elle lui a ordonné de retourner dans le véhicule lorsque, pris de doute, il en était sorti brièvement pour lui téléphoner. Elle restera en ligne avec lui jusqu’à son dernier souffle.

Le cas de l’anorexie

A la suite de cette affaire, j’ai été interpellée par un article dans Elle, intitulé «Quand les anorexiques se défient sur Instagram», où l’on apprend que ces jeunes filles s’encouragent à maigrir en partageant les astuces pour atteindre le graal ultime, «peser enfin 40 kg». La France a tenté de légiférer et de sanctionner de tels cas par une amende de 10 000 euros et 1 an de prison, les encouragements pouvant exposer une personne «à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé». Mais la proposition a été rejetée à la suite d’une étude démontrant que les détentrices de ces comptes internet «souffraient elles-mêmes de troubles du comportement alimentaire et pouvaient être encore plus fragilisées par une répression pénale».

Michelle Carter n’a pas eu droit à cette indulgence. Son dysfonctionnement psychique – elle pensait aider son ami à abréger ses souffrances existentielles – n’a pas eu d’influence sur le juge. Sa sentence sera prononcée le 3 août prochain. Elle risque jusqu’à 20 ans de prison.

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