La Journée mondiale de l'environnement, le 5 juin, nous donne l'occasion de réfléchir sur certains enjeux qui façonneront l'avenir de notre planète. Nous approchons à grands pas d'un tournant décisif de notre histoire où nous aurons soit le courage et l'imagination nécessaires pour protéger notre planète, soit nous manquerons à nos obligations envers les générations futures en n'agissant pas avec détermination maintenant.

Voici quatre idées qui pourraient guider nos gestes:

Premièrement, le temps presse. Plus que tout autre problème environnemental, les changements climatiques illustrent parfaitement ce point. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GEIC) a démontré que les impacts environnementaux se produisent bien plus vite que la plupart des scientifiques ne le pensaient il y a quelques années. Nous avons aujourd'hui les technologies et les connaissances pour réduire les gaz à effet de serre. Le fait que de nouvelles et de meilleures technologies soient disponibles ne devrait pas être une excuse pour faire traîner les choses.

La population, à présent bien informée, va aussi devoir commencer à faire des choix personnels différents, et agir pour influencer de nouveaux choix collectifs. Certains environnementalistes, quant à eux, devront être pragmatiques, plutôt que de prêcher pour des modes de vies ascétiques dans le but de sauver notre planète [...]

Deuxièmement, la viabilité environnementale ne peut pas être une pensée après coup. Elle doit au contraire constituer un prisme au travers duquel nous devons examiner toute décision. Il s'agit d'une priorité qui doit être entièrement intégrée dans nos processus décisionnels. Les problèmes environnementaux sont étroitement liés entre eux, complexes et de grande envergure. Nous commençons tout juste à voir à quel point la dégradation de l'environnement va nous forcer à revoir nos relations avec la nature et entre nous-mêmes. Est-ce que la pénurie d'eau sera une source de coopération ou une source de conflit? Comment réagirons-nous à la pression que les changements climatiques auront sur la production alimentaire? Qu'elle sera l'influence des problèmes liés au climat, comme la désertification, sur les mouvements migratoires? Serons-nous capables de trouver des approches de gouvernance créatives pour les océans afin d'aider à renflouer les stocks décroissants de poissons? [...]

Troisièmement, la science devra nous guider. Les émotions ou les stratégies politiques ou économiques ne peuvent remplacer la connaissance. Dans le monde réel, où il faut trouver l'équilibre entre les aspirations légitimes d'individus vivant dans des économies émergentes et de saines politiques environnementales, nous aurons besoin d'appliquer et de diffuser le savoir scientifique. Au moment où nous avons besoin d'améliorer la qualité de vie de sociétés traditionnelles vivant dans des environnements pauvres, fragiles et menacés, tout en protégeant la biodiversité, la science peut nous aider à faire les bons choix [...]

Accroître le savoir scientifique - en élargissant la liste rouge des espèces menacées de l'UICN par exemple -, le partager largement et assurer son usage systématique dans les processus de prises de décisions à tous les niveaux est devenu une obligation.

Quatrièmement, nous avons besoin d'un changement culturel. Nous sommes confrontés, en tant qu'humains, au plus grand défi de tous les temps: notre propre survie en tant qu'espèce. Pour la première fois dans l'histoire, les problèmes - et les solutions - sont réellement mondiaux. Ceci implique que nous devons redéfinir ce qui constitue le «bien commun», à une échelle planétaire [...] Pour arriver à cette redéfinition, nous aurons besoin de nous écarter des clivages traditionnels gauche/droite, Nord/Sud et des diverses formes et nuances de nationalisme qui peuvent entraver notre action [...]

Ce changement culturel est déjà en train de se produire. Nous pouvons constater une augmentation considérable de la coopération interdisciplinaire scientifique; nous pouvons aussi voir les progrès des hommes d'affaires qui ont commencé à rendre leurs compagnies plus «vertes»; nous voyons des politiciens à tous niveaux qui assument leurs rôles en tant que leaders avec courage et imagination; nous voyons aussi des ONG qui font de la biodiversité et du développement durable la pièce maîtresse de leurs activités. Plus important encore, on voit beaucoup de personnes, parfois très pauvres, protégeant leur récif corallien, leur forêt, leurs palétuviers... La vitesse de ce changement culturel a maintenant besoin d'être accélérée, et son ampleur doit être élargie. Pour que ce changement culturel soit efficace, nous devons le soumettre à un test très simple, ce que les éthiciens appellent le «consentement anticipé». En d'autres mots, nous devons nous poser la question de savoir si les générations qui nous suivent seraient en accord ou non avec ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas dès aujourd'hui [...]

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