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A l’intérieur de la centrale.
© Sébastien Bozon/AFP

Revue de presse

Une journée sous très haute tension pour la centrale nucléaire de Fessenheim

Fermeture annoncée de la centrale nucléaire ou ultime rebondissement? Ce jeudi se joue l'une des promesses phares du quinquennat Hollande. Mais y a-t-il urgence à l’obtenir avant la présidentielle? Pas sûr

Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises, est un peu à François Hollande ce que Guantanamo était à Barack Obama: une promesse phare de campagne électorale, qui «collait depuis cinq ans au doigt présidentiel comme un vieux sparadrap nucléaire», selon l’expression de Libération. Et un sujet permanent de tensions entre le gouvernement et ses turbulents alliés des Verts. Reste que c’est aujourd’hui jeudi que se joue le sort de l’installation située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Bâle, en direction de Fribourg-en-Brisgau, sur le Rhin qui marque la frontière franco-allemande. Le conseil d’administration du groupe Electricité de France (EDF) doit se prononcer sur la fermeture de l’installation à 14h30. Désireux de fermer la centrale, les écologistes se heurtent à ses salariés ainsi qu’aux élus alsaciens, qui craignent une perte d’emplois.

La ministre française de l’Energie, Ségolène Royal, autre «symbole indirect» du quinquennat finissant et de celui qui l’a précédé, a mis en garde mercredi les administrateurs du premier producteur et fournisseur d’électricité en France et dans le monde sur le «coup» qu’ils porteraient à l’entreprise s’ils ne donnaient pas leur feu vert à une nouvelle étape vers la fermeture. Ils «porteraient ainsi atteinte à l’intérêt de l’entreprise», qui doit accélérer sa transition vers les énergies renouvelables, a-t-elle dit sur la chaîne de télévision CNews. Ce, alors qu’elle avait déjà affirmé sur la même chaîne, en septembre 2015, que la centrale mise en service il y a 38 ans ne cesserait pas ses activités avant 2018, pour coïncider avec l’ouverture de l’EPR (le réacteur pressurisé européen) de Flamanville, dans le Cotentin. La promesse hollandienne paraît depuis lors bien fragile:


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Autre obstacle plus immédiat, ce jeudi midi aura lieu place des Ternes à Paris, un rassemblement des salariés à l’appel de la Fnme-CGT, pour laquelle «vouloir à tout prix, à deux semaines de l’échéance présidentielle, afficher le respect d’une des promesses de campagne qui conduit» à ce que l’ennemi de François Hollande, ce soit «l’industrie est affligeant!». Pour elle, cette centrale est «sûre et reconnue comme telle par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Elle participe pleinement à l’équilibre production/consommation et limite la facture des usagers.» Ce serait donc «une aberration économique, sociale et sociétale, un véritable gâchis industriel». L’intersyndicale de Fessenheim sera également présente pour demander aux administrateurs d’EDF de voter contre l’abrogation de l’autorisation d’exploitation. Les fronts sont donc clairs face aux écologistes qui veulent sortir du nucléaire:

On est dans une situation de type quasi cinématographique: «Jusqu’au bout du suspense», avec «pression maximale» des deux côtés, résume Le Figaro. D’une part, «les administrateurs indépendants du groupe public, qui ont la décision entre leurs mains. Et aimeraient repousser l’échéance. De l’autre, l’exécutif, Ségolène Royal en tête qui entend obtenir […] une demande officielle de décret d’abrogation de l’autorisation de fonctionnement des réacteurs de Fessenheim.»

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Et puis il y a le centre. «Entre les deux camps, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, d’une part, le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, d’autre part.» Tous deux «s’activent pour tenter de trouver les termes d’un compromis acceptable par tous. La réunion du conseil s’annonce donc sous très haute tension. […] En janvier dernier, dans une ultime tentative de repousser l’échéance, le conseil d’administration d’EDF avait subordonné sa décision à trois conditions, dont le feu vert de la Commission européenne au protocole d’indemnisation d’EDF par l’Etat.»

Depuis, ces conditions ont été levées. Mais les forces en présence étaient claires: le vote avait été acquis grâce aux voix des six indépendants, dont celle de Jean-Bernard Lévy, qui dispose d’une voix prépondérante en cas d’égalité. Les six administrateurs salariés avaient voté contre et les six représentants de l’Etat n’avaient pas pris part au vote en raison d’un évident conflit d’intérêts. Le rapport de force sera le même ce jeudi.

Une nouvelle «parade»?

Or, poursuit Le Figaro, «depuis quelques jours, les administrateurs indépendants envisagent de poser une nouvelle condition», ce que L’Alsace appelle «une parade pour éviter toute décision définitive». «Ils sont certes prêts à voter la demande de décret, au nom du respect de la loi», mais pour eux, il doit «être certain que les autres réacteurs seront toujours bons pour le service. Or des incertitudes pèsent sur le redémarrage de Paluel par exemple, ou même sur Flamanville, dont la cuve attend le feu vert» de l’ASN.

«A leurs yeux, l’arrêt de Fessenheim, véritable feuilleton à suspense […], n’est pas économiquement justifié. Ni contraint par des raisons de sécurité puisque l’ASN a jugé la doyenne des centrales françaises encore bonne pour le service. Seul le plafond de la loi de transition énergétique vient expliquer un vote éventuel. Mais il ne justifie pas l’urgence ni la diligence du gouvernement à obtenir un vote avant la présidentielle. L’intérêt social d’EDF, à moins de trois semaines du premier tour de la présidentielle, n’est pas forcément d’honorer les promesses de la compagne de 2012…» [Le lapsus (?) est significatif.]

«Tout peut capoter au dernier moment»

D’où la question posée par Le Monde: «Un épilogue annoncé ou un rebondissement de plus?» Sans compter qu’à brève ou moyenne échéance, «tout peut arriver. Si une autre centrale devait fermer pour raison de sûreté, ou si la mise en service de [l’EPR de Flamanville] était une nouvelle fois retardée […], ce serait une perte de recettes supplémentaire pour le groupe. […] Tout peut donc capoter au dernier moment», car on entre «dans une zone d’incertitude politique où toute décision de la majorité sortante peut être confirmée ou remise en cause par le prochain président de la République. […] Emmanuel Macron […] est favorable à l’arrêt de Fessenheim. […] Marine Le Pen souhaite, en revanche, poursuivre son exploitation. Tout comme le candidat de la droite, François Fillon, qui s’est engagé à arrêter le processus de fermeture de la centrale.»

Mais il y a encore la dimension internationale: «L’Allemagne a réclamé à plusieurs reprises la fermeture de la centrale qui appartient pour un tiers à des électriciens allemand (EnBW) et suisses (Alpiq, Axpo et BKW).» Et depuis le début de 2013, le gouvernement traîne les pieds, «comme s’il voulait sans cesse repousser l’échéance. Tergiversations, louvoiements, retards…» Ségolène Royal, «qui peaufine son image écologiste tout en maintenant l’option nucléaire ouverte», met la pression sur EDF, et EDF renâcle: comment s’engager «sans connaître le niveau de l’indemnisation […], au risque de voir un actionnaire minoritaire saisir la justice pour s’y opposer?»

«Icompétence ou duperie»

Une vision plus large de la problématique nous est fournie par l'éditorial des Dernières Nouvelles d'Alsace du jour. Pour le quotidien strasbourgeois, Fessenheim, «ce n'est certes plus une vitrine technologique. La centrale (...) fait office de modèle d'un autre genre: c'est l'exemple parfait d'une promesse qui s'est retournée contre son auteur. (...) Décision éminemment politique, la coupure des deux réacteurs alsaciens s'est enlisée (...) dans le marécage des raisons d'Etat. (...) Il y avait incompétence ou duperie à ignorer que le dossier, plus qu'aucun autre, touche à tant de domaines à la fois.»

C'était oublier en effet que «le nucléaire rayonne sur l'économie, la vie locale, la sûreté, l'écologie, l'industrie, l'indépendance nationale et même, en Alsace, le transfrontalier... (...) En désignant Fessenheim comme un symbole, l'Etat s'est senti en droit de négliger la réalité financière, sociale, juridique et technologique du nucléaire. Celui-ci le lui a fait payer en infligeant, à chaque pas vers cet inédit débranchement, de nouvelles péripéties, d'autres camouflets, et au final, une facture à rallonge.»

Et sur place, quelle vision?

Sur place, rappelle enfin La Croix, «cette fermeture serait évidemment une bonne nouvelle. Pendant cinq ans, nous, les associations antinucléaires, avons écrit à François Hollande pour lui rappeler ses engagements, rappelle Gilles Barthe, du Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin, une association d’une centaine d’adhérents créée en 1970 pour s’opposer à la construction de la centrale. Plein d’espoir également, André Hatz, porte-parole de Stop Fessenheim: «Nous, les sept millions habitant à 100 km à la ronde, ne tirons aucun bénéfice du nucléaire, et nous en avons tous les risques.»

«Face aux écologistes toutefois, ils sont nombreux à souhaiter le maintien de la centrale. A commencer par le maire divers droite du village, Claude Brender, président de l’association «Fessenheim notre énergie», qui organise régulièrement des rassemblements de soutien. […] L’enjeu, c’est 2000 emplois, si on compte les 850 agents EDF, les 250 prestataires et tous les emplois induits. C’est aussi 80% du budget de la commune: nous recevons six millions d’euros par an grâce à la centrale, qui permettent d’offrir des services confortables aux habitants, explique-t-il. L’élu n’est pas inquiet» car, dit-il, «le nucléaire est l’industrie la plus contrôlée».

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