Editorial

Une langue miroir

Il y a de l’énergie, une fierté renouvelée, à se frotter à la francophonie élargie

La tenue, pour la première fois, d’un sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) en Suisse a une portée plus importante qu’il n’y paraît. Passé le bal des limousines et des hélicoptères, ou les déclarations d’intention pontifiantes sur la gouvernance mondiale, l’événement met en lumière certaines mutations et certains enjeux auxquels les Suisses, même les Romands, n’étaient guère sensibles jusqu’ici. A commencer par la découverte de cette francophonie politique et de coopération, qui a ses bons et ses mauvais côtés, mais qui n’en demeure pas moins réelle. A l’ONU, la Suisse parle français: le savait-on seulement? On glosera ces jours sur l’absence quasi totale d’intérêt des Alémaniques pour ce Sommet – pourquoi les en blâmer? Et qui, en Suisse romande, depuis 14 ans que le pays en est membre, connaît l’OIF et ses activités?

Il y aura les discours des salons feutrés de Montreux, les marchandages politiques, les petites affaires des puissants. Ce bal occupera la cité de la Riviera quelques jours. Il aura été fructueux si, dans la foulée, il aura mis en exergue une question linguistique qui prend tout son sens dans les bourrasques de la mondialisation. Les études réalisées par l’OIF, les débats auxquels le Sommet donne lieu, en marge, constituent autant d’occasions de relever un défi plutôt stimulant: entretenir la vitalité d’une langue et de ses cultures, en dépassant les stades confits de la commisération tiers-mondiste, ou de la paranoïa anti-anglais.

Langue peu malléable, le français renvoie durement leur reflet à ses populations. Le sempiternel discours sur le déclin de la langue émane ainsi d’une Europe francophone qui se ressent comme déjà moribonde, empâtée dans son vieillissement et ses querelles sur les retraites. Ou, parfois, d’un Québec encerclé, craignant l’asphyxie. Il y a de l’énergie, une fierté renouvelée, à se frotter à la francophonie élargie, celle qui partage, qui tente de construire. Non pas contre le reste de la planète, mais pleinement dans ce monde.

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