Réduire les risques de l’utilisation de pesticides mais aussi réduire les pertes d’éléments nutritifs. La nouvelle législation adoptée en mars par les Chambres fédérales représente un contre-projet solide face aux initiatives extrêmes du 13 juin prochain et une bien meilleure réponse pour notre environnement et notre approvisionnement.

A titre comparatif, l’initiative eaux propres n’empêcherait pas l’utilisation de produits phytosanitaires pour les exploitations qui renonceraient aux paiements directs et qui utilisent aujourd’hui déjà le plus de ces produits. Pour sa part, l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» n’empêcherait pas les résidus dans les eaux sachant que les pesticides autorisés en agriculture biologique resteraient autorisés. Par ailleurs, aucune des deux initiatives populaires ne réglerait les pertes d’éléments nutritifs dans l’environnement.

Les risques liés à l’utilisation de produits phytosanitaires mieux maîtrisés

Avec la décision des Chambres fédérales, les risques pour l’être humain, les animaux et l’environnement liés à l’utilisation de produits phytosanitaires devront être réduits de 50% d’ici à 2027. La qualité de l’eau potable, des eaux de surface et des eaux souterraines s’en trouvera améliorée. Par ailleurs, un système d’information centralisé offrira une transparence totale pour l’utilisation des produits phytosanitaires et des biocides.

Les Chambres fédérales ont durci sérieusement l’approche par rapport aux résidus. Dans les aires d’alimentation de captages d’eau potable, des concentrations en substances actives et en produits de dégradation ne pourront pas dépasser 0,1 µg/l, sans quoi l’homologation du produit incriminé devra être retirée.

Limiter les pertes d’azote et de phosphore dans l’environnement

Les pertes d’azote et de phosphore de l’agriculture seront également réduites d’ici à 2030. Les objectifs de réduction seront décidés par le Conseil fédéral à la suite de la consultation qui se terminera en août prochain. Cette nouvelle législation poursuit également l’objectif de remplacer les engrais minéraux importés via l’encouragement des engrais de ferme ou issus de la biomasse. Les livraisons d’aliments concentrés et d’engrais devront être communiquées à la Confédération. Cela amènera de la transparence, non seulement pour ce qui est utilisé dans l’agriculture mais aussi en dehors.

La mise en œuvre de cette législation, sur laquelle les milieux agricoles travaillent déjà, se traduira par des mesures concrètes pour réduire les risques des produits phytosanitaires et améliorer l’efficience des éléments nutritifs. Le compte à rebours est enclenché sachant que les objectifs devront être atteints pour une partie en 2027, puis en 2030! Soutenue par le monde agricole malgré les défis qu’elle représente, cette nouvelle législation démontre la volonté de l’agriculture d’apporter des solutions. Par conséquent, elle justifie à elle seule le refus des deux initiatives extrêmes du 13 juin prochain.


Michel Darbellay est membre de la direction de l’Union suisse des paysans.


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