La législature 2015-2019, qui s’achève cet automne, aura été particulière. Au niveau du parlement, elle aura été caractérisée par une constellation inédite: ensemble, l’UDC, ses satellites et le PLR détiennent la majorité absolue. Qu’en ont-ils fait? Pas grand-chose, à vrai dire. Dans un système bicaméral, les décisions d’un conseil, si elles penchent trop fortement d’un côté, sont rééquilibrées par l’autre. Et c’est bien ce qui s’est passé durant la législature écoulée. Le Conseil des Etats est en train de sauver la révision de la loi sur le CO2, coulée par le Conseil national après avoir été édentée par la droite et boudée par la gauche. La troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et la Prévoyance vieillesse (PV) 2020 ont échoué devant le peuple et c’est une fois encore le Conseil des Etats qui a relancé la machine en ficelant le paquet Réforme fiscale et financement de l’AVS (RFFA).

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L’action du Conseil fédéral a aussi été marquée par cette constellation inédite. Pour la première fois, deux UDC pur sucre siègent au gouvernement. L’arrivée d’Ignazio Cassis à la place de Didier Burkhalter a d’ailleurs renforcé l’ancrage du Conseil fédéral à droite. Certes, Karin Keller-Sutter, qui, par ses talents de virtuose politique, se profile déjà comme la personnalité forte de l’exécutif fédéral, veille à ce que celui-ci prenne des décisions équilibrées. Mais l’UDC a mis le grappin sur deux départements clés – les Finances et l’Economie – et l’on perçoit déjà, chez Guy Parmelin et son entourage proche, la tentation de mener une politique économique plus conservatrice, notamment sur la libre circulation des personnes.

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Or, la Suisse et sa démocratie directe ne peuvent fonctionner que sur la base d’équilibres. Si ceux-ci ne sont pas réalisés, on court le risque de répéter les échecs mortifiants de la RIE III ou de la PV 2020. Les élections fédérales de l’automne offrent l’occasion de procéder à ce nécessaire rééquilibrage, de redonner aux plus petits partis leur rôle de pivots entre la gauche et la droite et d’éviter que les positions paralysantes de l’UDC ne contaminent le gouvernement. Le recul annoncé de l’UDC peut être salutaire. La progression attendue des Vert’libéraux permettra de mener des discussions plus constructives sur les mesures à prendre pour protéger le climat. A une législature neutralisée devrait succéder un quadriennat tourné vers l’avenir.

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