La lettre pastorale sur les abus sexuels que Benoît XVI a adressée samedi aux catholiques d’Irlande est louable à plusieurs titres. C’est la première fois qu’un pape s’exprime de manière aussi véhémente et approfondie sur ce problème qui cause un immense préjudice à l’image de l’Eglise catholique. Joseph Ratzinger a reconnu les graves erreurs commises par les évêques irlandais dans le traitement des cas d’abus. Il les a incités à collaborer avec les autorités civiles. Il a sévèrement fustigé les prêtres et religieux impliqués dans ces crimes. Il a regretté la non-application des sanctions du droit canonique, et l’attitude qui a conduit à privilégier la réputation de l’Eglise au détriment de la protection des mineurs.

Cependant, l’exercice, aussi estimable soit-il, laisse un goût d’inachevé. A aucun moment le pape n’a fait allusion à la responsabilité de la hiérarchie vaticane. Or, si les abus sexuels ont pu être commis aussi impunément par des membres du clergé, c’est notamment parce que les autorités romaines ont favorisé une culture du secret au sein de l’Eglise.

En 1962, l’instruction Crimen sollicitationis sur les crimes sexuels, envoyée à tous les évêques par le Saint-Office, exigeait que les cas d’abus soient soumis à un «silence perpétuel». Aujourd’hui, le Vatican rétorque que ce document n’empêchait pas les victimes de dénoncer les abuseurs à la justice civile. Cette explication pèche par anachronisme. Et le pape admet lui-même dans sa lettre que les victimes qui ont eu le courage de parler ont fait l’expérience de ne pas être écoutées.

En 2001, le document De delictis gravioribus, qui actualise l’instruction de 1962, affirme encore que les cas d’abus sexuels sont soumis au secret pontifical. L’auteur de ce texte? Joseph Ratzinger.

En publiant sa lettre aux catholiques d’Irlande, Benoît XVI a manqué une occasion de reconnaître que ces deux textes ont laissé planer des incertitudes sur l’attitude que les évêques devaient adopter concernant les cas d’abus sexuels.

Par ailleurs, les «initiatives concrètes» proposées par le pape dans sa lettre aux catholiques d’Irlande pour «affronter la situation» paraissent dérisoires. Il est permis de douter de la pertinence de mesures de réparation telles que le jeûne, la prière, les œuvres de miséricorde et l’adoration eucharistique.

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