Personne ne s'opposera à la création d'un service fédéral d'information sur les sectes. L'initiative préconisée par la Commission de gestion du Conseil national répondrait à des inquiétudes parfois très vives dans l'opinion. Et le Conseil fédéral donnerait par la même occasion l'impression d'avoir une politique en la matière. On voit d'ailleurs mal qui pourrait contester a priori le besoin d'en savoir plus sur les sectes, du moins ce qu'il est convenu aujourd'hui de considérer comme telles et où risquent de figurer pêle-mêle des mouvements aussi peu comparables que la Scientologie, l'Opus Dei, les Darbystes ou les Antroposophes.

C'est l'une des ambiguïtés d'une démarche dont la nécessité s'est surtout imposée comme réponse aux abus avérés des scientologues et aux délires mortifères de l'Ordre du Temple solaire. La question de savoir si la réaction de la société à ces dysfonctionnements évidents peut être étendue sans autre précaution à toute forme d'organisation qualifiée de sectaire selon des critères pour le moins flous, reste pourtant pleinement ouverte.

La répression des dérives sectaires est légitime. Mais il ne faut pas en attendre ce qu'elle ne peut offrir. Quelques articles de loi n'empêcheront jamais des illuminés de s'enlever la vie. On mettra donc au crédit des membres de la commission d'avoir renoncé à enrichir l'arsenal pénal de nouvelles dispositions.

Faut-il aller plus loin? Dans un domaine aussi délicat que la liberté de pensée, les diverses suggestions émises dans les cantons et désormais au niveau fédéral, si bien intentionnées soient-elles, n'échappent pas toujours aux pièges qui les guettent. A la volonté de contrôler ce qui, dans la conscience des citoyens, n'obéit pas à un modèle intellectuel, éthique et spirituel relativement étroit, on peut préférer une société qui compose sans s'en effrayer avec les délires de ses contemporains.

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