Conférence de conciliation

Une loi sur l’égalité avec des machos sans états d’âme

OPINION. Pourtant réduit à un projet modeste, le texte visant à diminuer les inégalités salariales a été renvoyé en commission par le Conseil des Etats. Cette manœuvre de procédure se voulait peut-être discrète. Raté! Il vaut la peine d’écouter de près ce que les sénateurs avaient à dire

Ils se croyaient sans doute seuls. Ils imaginaient pouvoir l’enterrer entre eux, cette petite loi de rien du tout, sans être dérangés, sous les boiseries du Conseil des Etats. Ils avaient tort, car elles écoutaient. Certaines de loin, d’autres de plus près. Elles, les femmes. Les adolescentes aussi, à qui l’on venait de dire que #MeToo allait changer les choses. Les fillettes, à qui des parents d’aujourd’hui s’évertuent à expliquer qu’elles peuvent embrasser toutes les carrières. Et nous, quelques conseillères nationales venues assister à un débat qui devait marquer l’histoire.


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Ce qu’ils nous ont dit! Des paroles comme des baffes. Humiliantes. «L’égalité entre les hommes et les femmes est une préoccupation importante, mais c’est aussi un thème très émotionnel», a lancé le conseiller aux Etats PLR de Nidwald. «Il n’y a pas besoin de cette loi, car l’économie reconnaît depuis longtemps le potentiel des femmes», a-t-il ajouté à l’intention de toutes celles qui gagnent 7,5% de moins en raison de leur sexe.

Quel sens de la formule!

Le sénateur PLR vaudois a enchaîné: «Promouvoir l’égalité des genres ne passe pas par la contrainte, mais par son inscription dans les gènes de la société.» Quel sens de la formule face à nous qui cherchons à éviter une discrimination basée sur nos chromosomes! Et pour un UDC de Schaffhouse, ce projet, inacceptable, n’était qu’un «signe de défiance envers l’économie».

Mais le meilleur argument est venu du représentant PDC de Soleure. Invoquant sa fillette de 2 ans, il a justifié le renvoi de la loi par la nécessité même d’agir pour l’égalité. Mais mieux. C’est-à-dire surtout plus tard. Que sont quelques années de plus, quand on en a trente-sept de retard sur la Constitution?

Retour à la case départ, «en corbillard»

Nous n’avions rien compris: ce n’est pas une loi qu’il fallait. Ou en tout cas pas celle-ci. Ces Messieurs s’occuperaient de résoudre le problème autrement. Ou il se réglerait de lui-même, selon les versions. Le couperet tombe: 25 voix contre 19, 1 abstention. Le projet repart en commission, annonce la présidente. Elle aurait pu ajouter «en corbillard».

Assises au bord de la salle, la rage au ventre, nous étions, ce jour-là, contraintes à nous taire par les règles de bienséance. Les sénateurs ont peut-être cru que, en dehors de ces murs, comme en d’autres temps, les femmes encaisseraient silencieusement l’affront. Ils se sont trompés.


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