revue de presse

Une «maire courage» pour réconcilier ses enfants de République centrafricaine

Considérée comme une battante et une habile négociatrice, Catherine Samba-Panza jouit d’une très bonne réputation, à équidistance des familles politiques. Parmi les élites de la RCA, on juge la nouvelle présidente intérimaire compétente et on espère que cette chrétienne sera incorruptible après des mois de tueries interreligieuses

Le parlement de Bangui a élu donc lundi Catherine Samba-Panza à la présidence intérimaire qui doit prendre en mains la réconciliation nationale en République centrafricaine, cet Etat qui, depuis plus d’un demi-siècle, se cherche un régime politique postcolonial stable et démocratique.

Une femme mère de trois enfants: ça, c’est déjà une première dans une trajectoire historique pour le moins troublée! Une femme qui a immédiatement lancé un appel «vibrant» à déposer les armes, forte d’un soutien international important, aussi bien militaire que financier: un millier de soldats en soutien aux 6000 soldats français et africains déjà présents sur place et 500 millions de dollars d’aide sous l’égide de l’UE et de l’ONU.

La «maman» des généraux

Radio France internationale brosse un portrait fouillé de cette «militante associative» très active sur le terrain des droits de l’homme – et de la femme, africaine surtout! – nommée maire de Bangui, la capitale centrafricaine, en 2013. Elle est chrétienne et «certains généraux, qui l’appellent «maman», ont […] salué son élection», confirmant son rapport quasi familial aux rebelles, ainsi exprimé lundi: «A mes enfants […] qui m’écoutent […], déposez vos armes.»

Elle «bénéficie d’une image neutre et a toujours su se tenir éloignée des luttes de clan». Côté professionnel, «pour avoir travaillé vingt-cinq ans dans les assurances» – elle détient une entreprise de courtage – elle «saura sans doute parfaitement évaluer les risques de la fonction». Cette juriste formée à Paris et diplômée de l’Université Panthéon-Assas «est aussi une femme de dialogue et de conviction». Le site L’ouverture sur le Cameroun en détaille l’impressionnant parcours professionnel.

Une lourde tâche

Du dialogue, elle a prouvé qu’elle «maîtrisait les rouages en coprésidant en 2003» le dialogue national, précisément, «qui fut à l’époque considéré comme un succès». Mais «plus qu’une ville, c’est désormais tout un pays qu’elle aura pour tâche de pacifier avant l’organisation de nouvelles élections», explique Le Monde.

Avec cette lourde tâche: «combler le vide laissé par la démission contrainte», le 11 janvier dernier, de Michel Djotodia. Cet ancien membre des rebelles de la Séléka qui s’était emparé du pouvoir à Bangui et autoproclamé président de la République en mars 2013 après le renversement et la fuite du président François Bozizé. Il est «accusé par la communauté internationale de n’avoir rien fait pour arrêter les tueries interreligieuses».

Une novice en politique

Catherine Samba-Panza «est le second chef d’Etat centrafricain à être issu d’un processus relativement démocratique après Ange-Félix Patassé en 1993, les autres ayant tous accédé au pouvoir par un coup d’Etat», fait remarquer Le Figaro. Même si elle «fait plutôt figure de novice dans la sphère politique», nuance la BBC Afrique. Et que rien ne va plus, dit le site Afrik. com: «Selon la Croix-Rouge centrafricaine près de 50 personnes» ont encore été tuées depuis vendredi dernier dans le nord-ouest du pays. Sur le plan politique, les choses rentrent vaguement dans l’ordre, mais «ce n’est pas du tout le cas de la situation sécuritaire».

Alors, le programme de cette femme attendue (au tournant) comme le messie est immense, presque surhumain, lit-on dans Le Journal de Bangui: il faut à cette dame née il y a presque 60 ans, le 26 juin 1954 à Fort-Lamy (aujourd’hui N’Djamena), au Tchad, d’un père camerounais et d’une mère centrafricaine, «trouver un premier ministre de transition, pacifier le pays, remettre une administration totalement paralysée en état de marche» après la mise à sac de la capitale «et permettre aux centaines de milliers de déplacés de rentrer chez eux. Le tout en peu de temps: selon le calendrier […], des élections générales doivent être organisées au plus tard au premier semestre 2015, la France souhaitant» pour sa part, en puissance postcoloniale impatiente, «qu’elles se tiennent en 2014».

«Quelqu’un qui a des principes»

C’est «autant de tâches à accomplir avant la tenue d’une élection présidentielle» pour cette «maire courage» – selon la jolie expression que France 24 a piquée à La Croix – «jugée impartiale dans le conflit opposant l’ex-rébellion de la Séléka, à majorité musulmane, et les milices chrétiennes anti-balaka». Maie elle a un passé qui la sert, puisque «cette femme d’affaires à poigne» s’est de tout temps «attachée à dénoncer les exactions commises par les deux camps». Elle est «considérée comme une battante par ses concitoyens», «quelqu’un qui a des principes», commente un expert des questions internationales: «On la dit incorruptible, elle a un caractère bien trempé et, surtout, l’idée de la citoyenneté centrafricaine.»

Bref, «dans le pays qui a sombré dans un cycle de violence infernal», «l’ancienne maire de Bangui symbolise l’espoir» d’une nation «quasiment ingouvernable», et Le Nouvel Observateur résume les trois défis qui se trouvent devant la présidente qu’on lui a donnée dans «un climat de transparence maximale»: sécurité, aide humanitaire et «renaissance», en quelque sorte, puisque «les écoles, les services de santé, les bâtiments administratifs, les tribunaux, les prisons, la police… sont complètement (ou quasiment) détruits. Les fonctionnaires ne sont pas payés ou au compte-gouttes. […] Le tissu économique est à plat, et la fuite des musulmans» semble être un désastre, car ceux-ci «détiennent 70% de l’économie du pays». L’imam de Bangui pense qu’ils «sont indispensables pour reconstruire la Centrafrique».

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