Dans la longue série des scrutins provoqués par l'UDC sur la question de notre relation à l'étranger et aux étrangers, l'initiative sur les «naturalisations démocratiques» sur laquelle les Suisses se prononcent dimanche tient une place à part. Les votations précédentes sur cette thématique ont toutes, peu ou prou, visé un résultat opérationnel: réduire le nombre d'étrangers en Suisse, durcir les conditions de leur présence, leur accès à la nationalité ou décourager leur immigration.

Que changerait l'initiative si elle était adoptée? Rien. Le peuple pourrait, dans certaines communes, récupérer le droit de désigner les candidats dignes de la nationalité suisse, mais rien ne dit qu'il naturaliserait de manière plus parcimonieuse ou pertinente que les autorités désignées pour le faire. Sans même entrer dans les considérations supérieures liées au risque d'arbitraire et de discrimination que provoquerait cette «démocratisation» sans voie de recours, le plus absurde dans l'affaire est bien de proposer une mauvaise solution à un problème mal posé. Car les chiffres le disent: on ne naturalise pas à tour de bras et sans discernement en Suisse. Et si des Suisses qui le sont fraîchement devenus commettent des délits, argument de dernière heure jeté dans la campagne, ce n'est pas la réponse populaire qui garantit le risque zéro.

D'où cette étrange campagne. Confondant buts et causes, assénant des slogans qui ne correspondent pas aux réalités de notre système de naturalisation, elle s'est constamment superposée aux scènes de ménage internes autour de l'expulsion d'Eveline Widmer-Schlumpf et de l'UDC grisonne. Or la nouvelle conseillère fédérale n'a cessé de présenter un profil de grande fermeté sur la politique des étrangers, privant son propre parti d'une réserve d'oxygène politique. D'où le sentiment d'un argumentaire mince comme une feuille de papier à cigarette et d'un parti emprunté. Cette joute UDC-UDC, la banalisation qu'entraîne la multiplication des votations sur de tels sujets et le trouble autour du nouveau rôle de Christoph Blocher au sein de sa formation ont pu faire oublier la gravité de l'enjeu. Or un «oui» aurait pour seule bénéficiaire l'UDC, confortée par cette victoire dans son rôle d'opposante solitaire. Par le signe de méfiance massif qu'il adresserait aux communautés étrangères installées en Suisse, par l'indignité qu'il risquerait d'infliger à leurs ressortissants, il aurait en revanche un coût difficilement mesurable. A une semaine de l'Euro, quel formidable message de bienvenue!

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