«Faux numéro?» s'interroge ironiquement le Wall Street Journal dans son édition de mardi annonçant le projet de mégafusion entre Deutsche Telekom et Telecom Italia. Le même jour, le Financial Times enlève le point d'interrogation: «Faux numéro», affirme le titre de l'éditorial. Pour les journaux économiques anglo-saxons, le projet de fusion semble motivé surtout par l'opportunisme d'un opérateur allemand en déroute sur son marché naturel et l'attitude défensive de Telecom Italia menacée par l'OPA hostile d'Olivetti. «Aucune des deux entreprises ne s'engage dans cette fusion dans une position de force», résume le Wall Street Journal. Ce qui, renchérit son concurrent, «ne représente pas une bonne base».

L'opérateur allemand a dû faire face à une concurrence d'une violence inattendue sur son terrain – il a perdu près de 30% du marché de la téléphonie longue distance en seize mois de libéralisation – qui le force à se développer à l'étranger. La situation de France Télécom est tout autre. Anticipant l'arrivée de la concurrence, l'opérateur a massivement baissé ses prix et a pu ainsi rester très fort chez lui, y compris dans la téléphonie mobile dont il détient plus de la moitié du marché malgré l'agressivité de ses rivaux SFR et Bouygues Télécom. Du coup, il a limité ses participations dans des sociétés étrangères, notamment en Europe.

Mardi, la presse française est inquiète. «La «trahison» de Deutsche Telekom est dramatique», dit le quotidien économique Les Echos. «En choisissant un autre partenaire après avoir tant vanté la logique de leur communauté d'intérêts, Deutsche Telekom lance un très lourd pavé dans le jardin que France Télécom comptait défricher avec lui à l'international», dit l'éditorial de La Tribune. Le lendemain, le gouvernement rassure: l'opérateur «ne serait pas affecté de manière significative» par une fusion, déclare le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christian Pierret. Un accord qui annonce le rapprochement italo-allemand est signé mercredi, mais la presse française de jeudi suit la ligne rassurante du ministère. Pour La Tribune, «la position de France Télécom, qui recouvre sa liberté de manœuvre, laisse la porte ouverte à des réorientations stratégiques».

La naissance d'un nouveau géant des télécommunications en Europe change complètement le paysage des alliances. En premier lieu, le consortium Global One que forment Deutsche Telekom, France Télécom et l'américain Sprint va devoir être redéfini. Qui restera l'allié de Sprint? Quel nouvel opérateur pourrait rejoindre Global One? Dans l'ensemble de la presse, les spéculations des analystes restent vagues, tant l'évolution des alliances dans ce secteur est difficile à prévoir. Après les divorces, on trouve toujours un analyste pour affirmer que l'alliance était bancale, comme cette chercheuse du CNRS qui déclare dans Les Echos que «France Télécom se libère d'une alliance qui ne marchait pas». Le partenariat a pourtant tenu près de dix ans, une durée record dans le secteur.

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