Revue de presse

Une nouvelle affaire pédophile dans l’église de Lyon: le malaise devient abyssal

Chaque jour que le Seigneur fait, de nouvelles révélations viennent accabler la position de l’archevêque de Lyon, Philippe Barbarin. Défendu néanmoins mordicus par la tribu lyonnaise

C’est la grande reporter Marion Van Renterghem elle-même que Le Monde a dépêchée à Lyon pour enquêter sur le climat délétère qui règne au diocèse depuis que les affaires de pédophilie couverte par le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules et archevêque de Lyon, poussent comme morilles dans un sous-bois de printemps.

C’est que l’heure est grave: dans le diocèse de Lyon, «les autorités de l’Eglise sont accusées d’avoir couvert par leur silence les agressions sexuelles du Père Bernard P. de la fin des années 1970 au début des années 1990 sur des scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon, banlieue huppée de l’ouest lyonnais; d’en avoir été averties en 1982, puis en 1991; d’avoir malgré cela maintenu le prêtre en fonction auprès d’enfants jusqu’en août 2015. D’avoir, une fois de plus, préféré l’omerta et quelques mutations temporaires du prêtre à la mise en cause de l’institution.» Rien de moins.

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Et depuis, «le cardinal Barbarin est visé par deux enquêtes préliminaires pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur mineur de quinze ans. Le Père Bernard P., lui, est mis en examen pour «agressions sexuelles aggravées». Chacun sait que le cardinal n’était pas évêque au moment des faits. Mais comme il l’a déclaré lui-même dans le quotidien La Croix, il a reçu le prêtre «vers 2007-2008». Il l’a cru sur parole lorsque celui-ci lui a assuré n’avoir «absolument rien» fait de mal depuis 1991. Et comme il n’y avait eu depuis ni plainte ni soupçon… Le prêtre a continué à officier! Mais le passé qu’on croyait si bien enterré a fini par resurgir.»

Une communauté de fidèles partagée

Marion Van Renterghem constate combien la communauté des fidèles lyonnais est partagée. Car s’il y a d’un côté ceux et celles qui ne remettent pas en doute l’autorité de l’Eglise réclament qu’on laisse tranquille le saint homme et que le lynchage médiatique cesse, il y a de l’autre celles et ceux que toute cette affaire commence à déstabiliser. Ce qui donne dans le texte: «Une dame âgée laisse néanmoins paraître une inquiétude: «A la messe, on nous dit: «Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Eglise.» Est-ce que ça veut dire qu’on peut faire n’importe quoi et qu’on couvre tout? Tout ça me perturbe.» Les catholiques lyonnais sont désemparés. Choqués. Déboussolés. Parfois perplexes. Souvent furibonds. Mais dans la tourmente, tous font corps autour de leur cardinal.» 

C’est que, comme le constate la reporter, «Pour beaucoup de catholiques lyonnais, la mise en cause personnelle du cardinal Barbarin est la limite à ne pas dépasser, le choc de trop. Condamner les prêtres pédophiles, oui. Mais s’attaquer au premier évêque de France et primat des Gaules, non! […] S’attaquer au cardinal, c’est s’attaquer à la ville. Le maire de Lyon sait qu’il partage de fait l’autorité symbolique avec l’archevêque, qui a été désigné «Lyonnais de l’année» par le magazine Lyon Mag en décembre 2015, et dont la popularité dépasse même celle du président du club de foot de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas.»

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Bref, «le Cardinal Barbarin est soutenu de toutes parts, de la mairie aux francs-maçons en passant par le grand rabbin et le recteur de la grande mosquée, ses amis. Il a pris comme avocat un vieux ténor du barreau et franc-maçon notoire, Me André Soulier, ce qui ne surprend personne. Les milieux économiques sont aussi aux côtés du cardinal, qui convie régulièrement les patrons à l’évêché au profit de ses bonnes œuvres».

Une énième révélation

Parue le 31 mars, cette plongée sociologico-politico-religieuse dans l’opacité tribale de la région lyonnaise n’intégrait pas encore la nouvelle qui s’est répandue très rapidement dans toutes les rédactions de France et de Francophonie le 30 mars. Nous reprenons, en l’espèce, Valeurs actuelles, un organe qu’on ne peut soupçonner de faire dans l’agitation de gauche: «Les problèmes s’accumulent pour le cardinal Barbarin. Déjà visé par quatre plaintes pour "non-dénonciation d’agressions sexuelles" et "mise en danger de la vie d’autrui", l’archevêque de Lyon en voit une nouvelle s’ajouter à cette liste pour les mêmes griefs. Elle a été déposée mardi à la sûreté départementale de Lyon par un cadre d’un ministère, selon une information du Parisien. Les reproches du plaignant concernent […] un prêtre qui aurait abusé de lui au début des années 1990. Il affirme avoir tenu au courant Monseigneur Barbarin, qui aurait suspendu le prêtre il y a deux semaines seulement. Les quatre autres plaintes contre le Primat des Gaules concernent la non-dénonciation d’actes de pédophilie commis par un autre prêtre il y a 25 ans. Ce matin, l’évêché de Lyon a été perquisitionné dans le cadre de ces enquêtes.»

Et si, après cette cinquième révélation, on pouvait estimer le chemin de croix du Primat des Gaules arrivé à son terme, on se trompait. Le 31 mars, une nouvelle affaire est remontée encore à la surface, comme nous l’apprend M6Info sous la plume d’Adrien Cadorel qui écrit: «Une nouvelle affaire qui va fragiliser l’église lyonnaise. Le parquet de Lyon a ouvert aujourd’hui une enquête préliminaire visant des faits d’exhibitions et d’agressions sexuelles commises par un prêtre de la ville. Selon plusieurs sources, les faits mis en cause avaient déjà été transmis à la justice en 2006, et avaient entraîné, à l’époque, l’ouverture d’une enquête classée quelques mois plus tard. D’après les mêmes sources, des nouveaux témoignages portés récemment à la connaissance de la justice ont conduit le parquet de Lyon à rouvrir une enquête préliminaire, en direction du père David G. qui officie dans le deuxième arrondissement de la ville. Cette annonce intervient au lendemain d’une perquisition menée par les enquêteurs de la sûreté départementale, dans les locaux de l’archevêché de Lyon. Les policiers intervenaient dans le cadre de deux enquêtes distinctes, toutes deux relatives à des faits de «non-dénonciation" d’agressions sexuelles. Les différentes victimes reprochent au Cardinal Philippe Barbarin, ainsi qu’à son entourage, de ne pas avoir informé la justice d’agissements de prêtres dont il avait pourtant eu connaissance.»

«Le scandale continue. Un nouveau prêtre lyonnais est soupçonné d’agressions sexuelles, a-t-on appris jeudi 31 mars» embraye FranceTV Info qui poursuit: «Cette annonce ne devrait pas conforter la position du cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, dont l’attitude face à ces affaires est pointée du doigt.»

Non, effectivement, cette annonce ne devrait pas conforter la position du cardinal Barbarin. Mais à lire l’enquête de Marion Van Renterghem, il en faudra sans doute plus encore pour déstabiliser la foi de charbonnier qui étreint la communauté catholique de Lyon derrière son saint homme.

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