Le fait que la gauche française se recompose autour de son pôle le plus radical, celui des «insoumis» de Jean-Luc Mélenchon, en effraiera plus d’un. Il attristera en tout cas les tenants de la social-démocratie qui ont longtemps dominé ce côté de l’hémicycle. La gauche «de gouvernement» telle qu’on l’entendait jusqu’ici a effectivement vécu. C’est la fin d’une époque.

Mais le pari de Jean-Luc Mélenchon, qui veut réaliser un «Epinay à l’envers», c’est-à-dire une alliance menée par l’aile la plus dure de la gauche, contrairement à ce qu’avait réalisé Mitterrand en 1971, aura le mérite de donner sa chance à une véritable force d’opposition républicaine. Clairement définie à gauche, moins «attrape-tout» que les envolées populistes de Marine Le Pen, elle sera aussi moins populiste que les pires envolées des «insoumis» par le passé.

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Vers une «nouvelle gauche de gouvernement»

Ce nouveau front sera certes bien moins centriste que celui de François Hollande. Il a par ailleurs très peu de chances d’atteindre la majorité lors de ces législatives. Le véritable objectif sera d’exister et de redonner des perspectives d’avenir, voire, tout simplement, une bannière crédible à un mouvement d’idée qui n’avait jamais disparu, qui est même peut-être plus présent que jamais dans une jeunesse très engagée dans les questions d’égalité et de climat.

Si cette coalition à la ligne clarifiée doit perdre quelques centristes en cours de route au bénéfice de la majorité présidentielle, elle gagnera aussi beaucoup de cette simplification du paysage. On aura bien les trois pôles qui se sont dégagés du premier tour de l’élection présidentielle: une extrême droite identitaire qui doit encore définir son degré de libéralisme économique, un centrisme présidentiel qui brasse large et une gauche qui n’a pas peur de s’affirmer comme radicale.

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Pour que la coalition fonctionne, les «insoumis» devront gommer leurs discours parfois ambigus sur l’islamisme et la laïcité, retenir leur euroscepticisme qui ne plaît pas chez les Verts et les socialistes, faire oublier leur fascination passée pour certains régimes autoritaires, comme celui de Vladimir Poutine, et, surtout, changer de ton. Ils ne pourront plus surfer systématiquement sur la colère en traitant l’entièreté du paysage médiatico-politique comme un amas de corrompus.

Mais, si au contact des écologistes, le populisme des «insoumis» se transforme et rend imaginable une «nouvelle gauche de gouvernement», une force assez crédible pour qu’une grande partie des électeurs envisage de lui confier le pouvoir, alors les conditions seront réunies pour recréer du débat idéologique en France et sortir peu à peu de la confrontation mortifère entre élitisme et populisme.

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