Opinion

Pour une nouvelle industrialisation de Genève

Le rejet de la RIE III, le 12 février, représente un tournant idéologique, écrit le vice-président du Parti socialiste genevois, Romain de Sainte Marie. L’heure d’une nouvelle révolution industrielle est venue

Le refus de la troisième réforme de l’imposition des entreprises n’est pas anodin et marque un changement majeur dans la relation de la population avec son économie. Le discours invoquant le départ de sociétés multinationales ou la perte massive d’emplois ne fait plus recette. Au contraire, il apparaît une volonté populaire de choisir son avenir et l’économie pour renforcer notre pays. La dépendance accrue de l’économie à des sociétés extrêmement volatiles, notamment à Genève avec les hedge funds, et le chantage de départ effectué par des grands groupes agacent.

La votation du 12 février a marqué un tournant idéologique quant à la répartition des richesses. Il s’agit dès aujourd’hui de s’emparer de la barre et d’entamer le virage vers une économie stable, qui profite à toutes et tous.

Genève se retrouve pris en étau

N’ayons pas peur et osons parler d’industrialisation! Rassurez-vous, l’industrie d’aujourd’hui n’est plus l’industrie d’autrefois avec ses hauts fourneaux. Elle est le domaine des nouvelles technologies et représente les solutions pour les défis, notamment environnementaux et médicaux, de demain. Ce ne sont plus de grandes industries mais une concentration de PME et de start-up. Rappelons que le secteur secondaire est le berceau de l’innovation. D’ailleurs, il l’a toujours été, puisque c’est l’innovation technologique qui a été le moteur de la révolution industrielle. C’est la raison pour laquelle nous pouvons et devons, aujourd’hui impérativement, à Genève, enclencher une nouvelle révolution industrielle.

Le tissu économique genevois manque cruellement de diversité. Le secteur tertiaire compte plus de 85% des emplois (selon l’Office cantonal des statistiques) contre 14% dans le secteur secondaire. La venue d’un grand nombre de sociétés multinationales ces dernières années, principalement dans les domaines financiers, n’a fait que renforcer cette tendance. De ce point de vue, les partisans de la RIE III n’ont pas complètement tort. Le canton de Genève connaît une grande dépendance aux sociétés multinationales financières, principalement sur la fiscalité avec un tiers des recettes prélevées sur les personnes morales. Dès lors, Genève se retrouve pris en étau, dans une situation où un taux élevé d’imposition entraîne le départ de ces sociétés, alors qu’un taux trop bas assure leur maintien mais a pour conséquences des pertes fiscales désastreuses pour le maintien des prestations publiques.

Cleantechs, biotechs, medtechs

Souhaiter voir partir ces entreprises serait une grave erreur. En revanche, il s’agit d’amorcer un virage vers un tissu économique plus endogène et diversifié. Dans cette optique, ce n’est pas une révolution, mais une nouvelle industrialisation qui s’impose. Cleantechs, biotechs, medtechs, autant de nouvelles technologies industrielles qui incarnent les perspectives économiques fructueuses dont nous avons tant besoin. Car cette industrie à forte valeur ajoutée fait déjà de la Suisse un pays industriel prospère, comparé à l’évolution du secteur secondaire dans les autres pays européens.

Cette industrie de pointe capitalise nombre d’avantages. Elle représente une stabilité avec un ancrage fort. En effet, ces nouvelles technologies nécessitent une recherche & développement accrue en lien avec les Hautes Ecoles et les universités. Une main-d’œuvre de qualité et formée dans ces domaines est essentielle. De l’apprentissage en microélectronique au master en sciences des matériaux, les formations dont nous disposons à Genève sont un atout considérable pour le développement de ce type d’entreprises. Disposant de cette main-d’œuvre qualifiée, ces sociétés sont donc bien moins enclines à délocaliser.

6e place des cantons les plus innovants…

Une nouvelle industrialisation permettrait un développement considérable de l’apprentissage. La formation duale, c’est-à-dire en entreprise, est un atout de la Suisse. Elle garantit une insertion professionnelle imbattable pour les jeunes et permet à la Suisse d’avoir le taux de chômage des jeunes le plus bas d’Europe. Dans ce domaine, même si Genève progresse, le canton connaît un taux d’apprentissage nettement inférieur à celui des cantons alémaniques.

… mais qui forme peu d’apprentis

Moins de 10% des entreprises du canton signent des contrats d’apprentissage contre 17% pour la moyenne nationale. De plus, seuls 41,9% des jeunes Genevois suivent un apprentissage alors que la moyenne suisse est de 73,3%. Encore une fois, la faiblesse du secteur secondaire et le manque de diversité du tissu économique en sont l’une des causes.

Au-delà de l’ancrage et du lien fort avec la formation, les nouvelles technologies industrielles jouent un rôle clé en matière d’innovation, rôle nécessaire au développement et à la compétitivité toujours plus accrue avec l’international. Or, selon l’institut zurichois KOF (KOF, Innovationsumfrage, 2013), Genève ne figure aujourd’hui qu’à la 6e place des cantons les plus innovants. Investir dans une industrie de pointe permettrait d’y remédier.

A l’heure où l’industrie mute et se numérise au 4.0, Genève doit anticiper et adapter son économie. Dans cette perspective, le politique ne peut rester muet, mais doit agir pour favoriser cette transition, en valorisant les ressources issues des formations des écoles et des apprentissages du canton.

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