Les assemblées générales ne sont plus ce qu'elles étaient, de simples chambres d'enregistrement. Marcel Ospel, président de UBS, ne dira pas le contraire.

Mercredi soir, un actionnaire sur quatre présents à l'«AG» du numéro un suisse de la banque a voté contre sa politique de (grosse) rémunération. Habile dirigeant, Marcel Ospel a tout de suite pris la mesure de cette gifle et promis d'en tenir compte.

Il y a tout juste un an, le vent de la contestation soufflait chez Nestlé. Un tiers des actionnaires s'étaient opposés au double mandat de président et de directeur général de Peter Brabeck. Depuis, le géant mondial de l'agroalimentaire a entrepris une importante révision de ses statuts.

Démonstration est ainsi faite que les actionnaires ne sont plus forcément des veaux. Mais c'est presque par hasard: UBS leur demandait d'approuver une augmentation de capital pour alimenter sa gourmande politique d'options.

En Grande-Bretagne, les actionnaires se prononcent chaque année sur la politique de rémunération. Même consultatif, leur vote envoie un signal que le conseil d'administration et la direction ne peuvent ignorer.

Dominique Biedermann, directeur d'Ethos, défend cette approche en Suisse, où les actionnaires ne sont généralement pas consultés sur ce point élémentaire. Il espère que le Code des obligations, actuellement en révision, l'adoptera. Il a raison.

L'assemblée générale, expression de la démocratie actionnariale, constitue un instrument indispensable au contrôle de dirigeants et d'administrateurs dont on connaît la tendance à s'approprier une partie des ressources de l'entreprise. Un penchant très humain et très documenté aux Etats-Unis depuis plus de trente ans.

La transparence, exemplaire chez UBS, ne suffit pas. Les actionnaires ont leur mot à dire. Si cette démocratie fonctionne, le montant des rémunérations n'en sera que le résultat, difficilement attaquable.

Les dirigeants n'ont pas à craindre cet exercice. Pourquoi un actionnaire ne rémunérerait-il pas suffisamment des compétences qui lui procurent un rendement satisfaisant? Un patron qui s'y soustrairait avouerait qu'il a des choses à cacher.

Enfin, si symbolique qu'il soit, le vote sur la politique de rémunération permet aux actionnaires d'exprimer leur vision du capitalisme. Profit immédiat, ou investissement à long terme. C'est à eux de voter. Ils ne le font pas encore assez.

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