(in)culture

Une Palme d'or sous le signe des quotas

En couronnant Bong Joon-ho, le Festival de Cannes a indirectement validé la politique protectionniste renforcée par la Corée à partir de 1985 pour relancer son cinéma

Pour ou contre les quotas? Lorsqu’on aborde le problème de l’égalité hommes-femmes, cette question devient aussi insoluble que le «to be or not to be» shakespearien. Si on n’arrive pas à tendre naturellement vers une parité dans les conseils d’administration, les gouvernements ou les cénacles culturels, faut-il l’imposer? Telle est la question, et forcément elle divise. Mais parfois, les quotas ont du bon. Sans quotas, il est plausible que Bong Joon-ho n’ait pas offert au cinéma coréen la première Palme d'or de son histoire en 72 éditions du Festival de Cannes.

En 1985, le cinéma mondial est dominé, quantitativement, par l’Inde, les Etats-Unis et Hongkong. Et c’est du côté de la colonie britannique, qui sera rétrocédée à la Chine douze ans plus tard, que la vitalité est la plus forte. John Woo, Tsui Hark, Johnnie To et quelques autres y tournent des films d’action qui révolutionneront le genre, tandis que Wong Kar-wai est au seuil d’une carrière qui verra son sens de l’image et du montage influencer une nouvelle génération de réalisateurs.

L’impérialisme avant la diversité

En 1985, alors que Bong Joon-ho n’a que 16 ans, la Corée du Sud décide de renforcer un système de quotas pour obliger les exploitants de salles à programmer des films indigènes durant un minimum de 146 jours par an. Les résultats ne se font pas attendre: grâce à des revenus en hausse, une véritable industrie se met peu à peu en place, avec d’un côté des productions commerciales qui font concurrence au tout-puissant cinéma américain, et de l’autre des films d’auteur qui vont progressivement s’imposer dans le circuit des festivals. Ce qui irrite les grands studios hollywoodiens, qui préfèrent l’impérialisme à la diversité. A la faveur de la signature en 2006 d’un accord de libre-échange avec la Corée, les Etats-Unis obtiennent une réduction de moitié des quotas.

Lire aussi:  «Parasite», viens chez moi j’habite chez les bourgeois

En 2008, le Festival international de films de Fribourg avait invité le réalisateur Lee Chang-dong, ancien ministre de la Culture coréen, à évoquer cette politique protectionniste. En mars dernier, c’est Bong Joon-ho qu’il a convié à venir évoquer sa cinéphilie, lui qui œuvre à mi-chemin entre le cinéma de genre et d’auteur, et est d’une certaine manière un enfant des quotas. Etant occupé à la postproduction de Parasite, il ne s’était finalement pas déplacé, mais avait offert au public fribourgeois une généreuse master class que j’ai eu le privilège d’animer via Skype. Nous avions alors évoqué ce film d’une virtuosité folle qui vient de faire de lui le huitième réalisateur asiatique couronné à Cannes. Alors, quotas or not quotas?


Les dernières chroniques (in) culture

Publicité