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«De nombreuses femmes se connectant sur Twitter sont la cible de menaces de mort et de viol, d’insultes racistes ou homophobes», accuse Amnesty International.
© Jonathan Alcorn/AFP

Réseaux sociaux

Une patrouille «anti-trolls» pour lutter contre le harcèlement en ligne

Amnesty International recrute des internautes pour déceler les messages injurieux sur le réseau social Twitter. Les femmes sont les premières victimes de cette vague haineuse

Un rempart contre la haine semblait s’ériger sur les réseaux sociaux. Armés du mot-clé #metoo, les internautes dénonçaient avec force le harcèlement en ligne. Pourtant, cette vaste mobilisation n’empêche pas les messages injurieux de polluer le web. A qui la faute? A Twitter. C’est en tout cas l’avis d’Amnesty International. Dans un récent rapport, intitulé #ToxicTwitter, l’association de défense des droits de l’homme pointe du doigt la passivité du réseau social.

«Malgré les promesses répétées d’assainir la plateforme, de nombreuses femmes se connectant sur Twitter sont la cible de menaces de mort et de viol, d’insultes racistes ou homophobes», accuse l’association, qui a réalisé une longue enquête sur la manière dont les agresseurs ciblent les femmes sur les réseaux sociaux. De ce travail est née une initiative originale. L’organisation a mis en place une patrouille anti-trolls pour débusquer les commentaires haineux. Plus de 3200 internautes ont déjà rejoint cette armée de «décodeurs».

«Je suis dévastée»

Le mode d’action est simple. Une fois recruté, le volontaire doit détecter tout signe d’injures ou de harcèlement dans une base de données qui compte actuellement 501 796 tweets suspects. «Plus nous aurons de preuves, plus nous pourrons montrer à Twitter que le problème est grand et comment il affecte les femmes de tous milieux confondus», déclare Azmina Dhordia, chercheuse en technologies et genres au sein de l’organisation. Ce travail est toutefois titanesque et potentiellement perturbant. Dans un message d’avertissement, Amnesty International conseille à ses «fantassins» de prendre des pauses s’ils en ressentent le besoin.

Lire aussi:  Sur la toile, qui sont les trolls?

Intimidations, menaces, diffusion d’images obscènes, les trolls n’ont pas de limites. La chroniqueuse féministe Jessica Valenti raconte son douloureux quotidien dans un post de blog. Son adresse a été diffusée, tout comme ses données fiscales et son numéro de téléphone. Elle a même reçu des appels intempestifs d’inconnus. Cette campagne de harcèlement a également visé sa fille. «Les très mauvais jours où je reçois beaucoup de menaces, je ne peux pas simplement aller voir la police et signaler ces abus. Je n’arrive pas à sortir de mon lit, je suis dévastée et mon mari doit s’occuper de moi. Tout cela a un effet qui se propage au-delà de votre compte Twitter», confie-t-elle.

Une autre utilisatrice, @hannahgais, explique avoir reçu en message privé la vidéo d’un individu se masturbant. Pour l’équipe de Twitter, il ne s’agissait pas d’une violation des règles d’utilisation. Il a fallu qu’elle interpelle publiquement le fondateur du réseau social, Jack Dorsey, pour obtenir gain de cause.

«Twitter n’informe pas les utilisateurs sur la manière dont elle interprète et met en œuvre ces politiques, ni sur la formation des modérateurs chargés de réagir aux violences et abus signalés», regrette Amnesty International. Avec les données récoltées, elle veut élaborer des algorithmes capables de déceler automatiquement les messages problématiques.

Pour être en sécurité en ligne

Cette opération coup de poing a produit ses premiers effets. Twitter a répondu aux critiques dans un communiqué adressé au média américain Business Insider. «Nous travaillons à un engagement constructif avec Amnesty International et les autres acteurs pour trouver des solutions tangibles et durables pour nous assurer que les femmes sont en sécurité et se sentent en sécurité en ligne», explique Vijaya Gadde, responsable de la politique de confiance et de sécurité du réseau social.

Le problème est grave. Harcelées, les femmes sont réduites au silence. Certaines suppriment même leur compte Twitter. Comment expliquer une telle situation? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans un tweet de France Culture. Dans ce message posté lundi, la radio interroge la notion de masculinité et cite Simone de Beauvoir: «Personne n’est plus plus méprisant envers les femmes qu’un homme inquiet pour sa virilité.»

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

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