Musique

Une pétition conteste le sacre d’OrelSan

Couronné aux Victoires de la musique, le rappeur doit affronter ses vieux détracteurs qui exigent qu’on lui retire ses trois prix, au nom de son morceau «Saint-Valentin», qui avait créé la polémique il y a dix ans. Une contre-pétition de soutien circule déjà

Ni droit à l’oubli, ni droit à l’erreur. Tout juste couronné aux Victoires de la musique, le rappeur OrelSan doit affronter la rage d’internautes pressés de le déposséder. Lancée sur change.org, une pétition exige qu’on lui retire ses trois prix – meilleur album de musiques urbaines, meilleur artiste masculin et meilleur clip pour «Basique». L’argument? Les paroles nauséabondes du morceau «Saint-Valentin», datant de 2009 et pour lequel OrelSan a été condamné puis relaxé en appel. Adressées à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, les quelque 12 000 signatures outrées doivent déjà faire face à une contre-attaque: une seconde pétition, armée d’environ 700 paraphes, qui demande l’annulation de la première.

«Outre le fait que des artistes étaient 100 fois plus méritants sur le plan purement artistique, ce qui est beaucoup plus grave, et inacceptable, ce sont certains propos lus et entendus dans ses chansons», argumente sur Twitter une certaine Céline Steinlaender, cheffe de file de la fronde anti-OrelSan. Elle fustige ces extraits vulgaires, insultants, dégradants envers les femmes qu’on peut consulter librement sur Internet. «Mais quel exemple est-ce pour les jeunes? Comment, dans une période comme celle que nous vivons, est-il seulement possible d’accepter ça?» Dans les commentaires, les internautes pointent les incohérences d’une société qui prône la tolérance zéro en matière d’agressions ou de violences faites aux femmes, à grand renfort de #metoo et #balancetonporc puis qui, par ailleurs, décerne un prix à un artiste au passé tendancieux.

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Sur Twitter, la pétition ne trouve pas le soutien escompté. «Hey, j’aimerais bien savoir quel est votre problème avec OrelSan? questionne @LouisSimonUW. Faire une pétition contre un artiste qui a gagné légitimement les Victoires de la musique de 2018 pour des paroles d’une musique qui date de dix ans, je trouve que vous avez un sérieux problème.» @LaPPinouu, lui, préfère renchérir dans l’absurde: «Tu savais que quand il avait 5 ans, @Orel_san a tiré les cheveux d’une fille de sa classe… Et après, tranquille, il gagne aux Victoires de la musique, honteux (mais bravo pour son album!)»

Sur la même ligne, les signataires de la seconde pétition dénoncent une police de la censure. «En plus du côté moral et artistique de l’affaire, la pétition de Céline Steinlaender va à l’encontre des principes mêmes de la démocratie. OrelSan a reçu ses titres lors d’un vote. S’opposer à ce vote serait s’opposer directement au jugement d’une majorité.»

Intransigeance à géométrie variable

Tancée par les internautes, l’intransigeance envers OrelSan est d’autant plus incompréhensible qu’elle fonctionne à géométrie variable. Sans en faire l’apologie, force est de constater que la vulgarité et la violence sont légion dans le rap comme dans bien d’autres sphères musicales. De Booba à Johnny Hallyday. «Faut-il ne plus écouter «Requiem pour un fou» qui rend «romantique» un homicide par amour? questionne @vieillesouche. Si je n’apprécie pas toujours les paroles, je les appréhende comme un reflet de notre époque avec ses qualités et ses énormes défauts.» Appelant à distinguer l’homme de l’artiste, @briceandre90 ajoute: «S’il fallait démolir tous ceux qui ont écrit des choses trash, quel que soit le sujet, nos bibliothèques seraient bien vides et nos livres d’histoire bien tristes.»

Antihéros par excellence

Après trois procès et mille justifications, une décennie de reconstruction et un dernier album encensé, OrelSan réclamait ni plus ni moins que le droit à la rédemption. Il l’a obtenu vendredi soir, sur la scène parisienne de Boulogne-Billancourt juste après avoir enflammé le public genevois à l’Arena. Il n’empêche, cette étiquette d’antihéros lui collera à jamais à la peau.

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