Le discours du président Emmanuel Macron devant la Conférence des ambassadeurs à Paris le 29 août dernier donne-t-il une orientation nouvelle à la diplomatie française?

C’est la première fois que M. Macron tente de conceptualiser sinon une doctrine du moins les grandes lignes qu’il a fixées au gouvernement et à son ministre des Affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, dès le début de son mandat. La lutte contre le terrorisme islamique, notamment au Proche-Orient et au Sahel, la rénovation d’une Europe qui protège, la mise en œuvre de l’Accord sur le climat de Paris, la défense des intérêts économiques et la volonté de peser sur le cours des affaires mondiales sont placées au cœur de l’action internationale de la France.

M. Le Drian lui-même en a fait l’exégèse dans un entretien donné au Monde le 29 juin dernier. Pour sa part, le président Macron ne s’était exprimé qu’une fois, lors d’une interview parue dans huit journaux européens, dont Le Temps le 22 juin 2017.

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Le nouveau président se situe dans la ligne de la continuité avec les riches heures de la diplomatie du général de Gaulle et de François Mitterrand sans craindre de rendre également hommage à son prédécesseur (il n’ira toutefois pas jusqu’à le nommer), principalement pour sa détermination au Mali et la réalisation de l’Accord sur le climat. N’a-t-il pas choisi comme ministre des Affaires étrangères un proche de François Hollande, qui n’a jamais renié son action?

Le nouveau président innove donc plus par son style et son volontarisme: en voici deux exemples.

Initiative en Syrie

Au Levant, Emmanuel Macron a annoncé une initiative pour mettre fin à la guerre de Syrie. La communauté internationale a réuni en novembre 2015 les cinq puissances permanentes du Conseil de sécurité et les acteurs régionaux, y compris l’Iran et l’Arabie saoudite, en soutien aux efforts humanitaires et politiques de M. Staffan de Mistura, représentant spécial de l’ONU.

Mais depuis lors, les choses ont bougé: forts de leur succès sur le terrain, Russes, Turcs et Iraniens ont organisé leur propre «processus d’Astana» de dialogue avec le gouvernement syrien et certaines forces d’opposition, concurrençant ainsi fortement le groupe de soutien international.

La France va proposer de fusionner les deux tentatives au sein d’un Groupe de contact international sur des bases nouvelles, qui impliquent la mise entre parenthèses de l’hostilité à Bachar el-Assad, la prise en compte prioritaire des besoins humanitaires et de l’aide aux réfugiés, enfin une solution politique au conflit. Les pourparlers avec les Russes, les Iraniens, les Etats du Golfe et la Maison-Blanche («nous parlons à tout le monde») se sont poursuivis tout l’été et le projet a maintenant suffisamment mûri pour faire l’objet d’une annonce officielle à la tribune de l’ONU.

La Chine en vue

Dans le vaste tour d’horizon du président Macron, la portion réservée à la Chine a paru, à certains observateurs, plutôt congrue, alors que les échanges avec Washington et Moscou étaient mis en relief. L’orateur a évoqué avec une certaine distance le rôle ambigu de Pékin dans la définition d’un nouveau multilatéralisme qui ne correspond pas aux valeurs et aux intérêts occidentaux. On sait qu’il s’est fait également le champion d’un contrôle des investissements chinois dans les domaines «stratégiques» à l’échelle européenne.

Enfin, il a annoncé qu’il se rendrait en visite d’Etat en Inde au début de 2018 sans évoquer de rencontre avec Xi Jinping (il est vrai que les deux chefs d’Etat se sont vus pendant environ une heure en marge du sommet de Hambourg du G20). Emmanuel Macron semble surtout apprécier la contribution de la Chine à la lutte contre le réchauffement climatique.

Il serait toutefois prématuré d’en conclure à un éloignement durable: le premier ministre Edouard Philippe et le ministre des Affaires étrangères, tous deux bons connaisseurs de la Chine, sont sensibles à l’intérêt de cultiver cette relation stratégique dans le cadre d’une politique asiatique affirmée, en dépit des divergences soulignées par le président.

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