C’est ce qu’on appelle un effet concret du réchauffement climatique: un gigantesque fragment d’un glacier des Grandes Jorasses, dans la partie italienne du massif du Mont-Blanc, menace de s’effondrer du fait de la chaleur, nécessitant l’évacuation de plusieurs dizaines d’habitants et touristes dans la zone.


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Cela représente environ 500 000 mètres³ de glace, qui seraient sur le point de se détacher du glacier de Planpincieux, sur le territoire de la commune de Courmayeur, indique une ordonnance de cette municipalité de la région du val d’Aoste située près de la frontière avec la Suisse, selon les agences de presse:

«C’est à peu près l’équivalent de la taille de la cathédrale de Milan, ou d’un terrain de football recouvert de 80 mètres de glace», détaille Valerio Segor, directeur de la gestion des risques naturels pour le val d’Aoste. Les autorités locales ont ainsi ordonné l’évacuation d’une trentaine de maisons dans la partie basse du val Ferret, qui concerne près de 70 personnes, 15 résidents et plus de 50 touristes. Ce, en raison de la canicule annoncée ces prochains jours. Pour le maire de Courmayeur, «la situation justifie un état d’alerte élevé dans les prochaines 72 heures». La station n’est pas elle-même directement menacée. La sortie italienne du tunnel du Mont-Blanc, qui se trouve à proximité, non plus.

Le site Heidi.news précise que «plusieurs fois déjà, en septembre et octobre 2019, le glacier italien de Planpincieux […] avait failli s’effondrer».

Courrier international avait alors expliqué ce qui se passait, en relayant notamment les articles de La Stampa de Turin et de La Repubblica. Quoi qu’il en soit, «de nouveau, la situation est critique, du fait de la chaleur inhabituelle»: on annonce jusqu’à 39°C en plaine au sud des Alpes.

«La partie du glacier qui menace de tomber est située entre 2600 et 2800 mètres d’altitude. C’est bien le réchauffement climatique qui est en cause», analyse Ludovic Ravanel, géomorphologue et chercheur au Laboratoire Edytem de l’Université Savoie Mont-Blanc de Chambéry, sur son campus du Bourget-du-Lac: «Les fortes chaleurs actuelles produisent de l’eau liquide qui vient exercer des pressions hydrauliques sous le glacier. Cela a tendance à soulever le front du glacier et un détachement est tout à fait envisageable», ajoute le spécialiste des glaciers du Mont-Blanc pour France Bleu.

Le Dauphiné libéré indique que mercredi dans la soirée, «les autorités italiennes ont été alertées par des mouvements». Les personnes qui ont été évacuées dès le lendemain matin se trouvent maintenant «au centre sportif de Dolonne, dans la salle polyvalente. La route communale du val Ferret a été coupée à partir de l’intersection du hameau de Meyen. La circulation est également interdite aux piétons. Seuls les véhicules de secours peuvent passer. La zone est sous la surveillance d’un radar Doppler

D’ailleurs, lit-on également sur le site de France 3, «environ 180 glaciers sont surveillés en permanence dans le val d’Aoste du fait du réchauffement climatique. Des experts prévoient la disparition de près de 90% des quelque 4000 glaciers des Alpes avant 2100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel.»

L’Indépendant cite, lui, un autre indicateur qui «témoigne de la fragilité des couches de glace dans le monde»: «La dernière plate-forme glaciaire intacte de l’Arctique canadien s’est effondrée, perdant plus de 40% de sa superficie en seulement deux jours» à la fin du mois de juillet. «Cette plate-forme de glace, Milne, se trouve à la lisière de l’île d’Ellesmere, dans le territoire peu peuplé du Nunavut, au nord du Canada. Des températures de l’air supérieures à la normale, des vents du large et de l’eau libre devant la plate-forme de glace ont mené à [sa] rupture.»


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